L’initiative de dialogue national annoncée par le président Félix Tshisekedi se heurte à un refus frontal de la principale opposition structurée. Le parti Ensemble pour la République, dirigé par Moïse Katumbi, a clairement pris ses distances avec le processus envisagé par le pouvoir, lui préférant une médiation religieuse et fixant une série de préalables drastiques.
Dans un communiqué rendu public lundi, la formation d’opposition affirme son soutien exclusif à l’initiative conjointe de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et de l’Église du Christ au Congo (ECC). Elle crédite cette plateforme d’une « médiation morale » capable, selon elle, de restaurer la confiance entre acteurs politiques, contrairement à une démarche présidentielle qu’elle qualifie de « simulacre de dialogue ».
Un rejet sans ambages de l’initiative présidentielle
Le camp Katumbi fustige une approche qu’il estime biaisée et insuffisante. « Un dialogue national inclusif ne saurait être une concession du pouvoir ni une rencontre de convenance entre alliés politiques », peut-on lire dans le document. Pour l’opposition, toute concertation doit impérativement s’attaquer aux « causes profondes de la crise politique, sécuritaire, sociale et morale » du pays, une ambition qu’elle ne discerne pas dans le cadre proposé par le président Tshisekedi.
Le parti dénonce un processus dont la finalité et la neutralité ne seraient, à ses yeux, pas garanties, renvoyant l’exécutif à ses responsabilités en matière d’inclusivité et de crédibilité.
Des préalables non négociables : libérations et respect de la Constitution
Ensemble pour la République a listé des conditions sine qua non pour sa participation à tout dialogue crédible, présentées comme le « socle minimal de la confiance » :
- La libération immédiate de tous les prisonniers politiques et d’opinion.
- La fin des poursuites judiciaires perçues comme instrumentalisées à des fins politiques.
- La levée des restrictions arbitraires à la liberté de circulation des opposants.
Le parti en profite pour lancer un avertissement solennel sur le front constitutionnel, rappelant que le président Tshisekedi « exerce présentement son second et dernier mandat, qui s’achève en 2028 ». Toute tentative de prorogation ou de préparation en vue d’un troisième mandat serait jugée « inacceptable », a-t-il prévenu, dans un contexte où les rumeurs sur une éventuelle révision des textes agitent régulièrement la classe politique.
Une opposition qui se pose en gardienne des principes
Cette prise de position ferme dessine la stratégie de l’opposition à l’approche de la fin du mandat présidentiel. En rejetant le cadre proposé par le pouvoir et en exigeant la médiation des Églises – historiquement perçues comme des acteurs neutres lors des crises passées –, Moïse Katumbi cherche à se poser en défenseur d’un processus intègre, tout en évitant de légitimer une initiative qu’il estime contrôlée par le camp adverse.
Parallèlement, en saluant « l’engagement du président João Lourenço » et de l’Union africaine pour la paix dans les Grands Lacs, l’opposition maintient son ancrage dans les dynamiques régionales, sans pour autant relâcher la pression sur le front intérieur.
L’impasse politique se précise
Le refus catégorique d’Ensemble pour la République complique considérablement la perspective d’un dialogue national inclusif, un exercice pourtant présenté par beaucoup comme une nécessité pour apaiser le climat politique tendu en RDC. La balle est désormais dans le camp du président Tshisekedi : céder sur les préalables de l’opposition au risque d’apparaître affaibli, ou maintenir son cadre et risquer de voir le dialogue boycotté par sa principale rivale, l’exposant ainsi à des accusations de monologue.
Cette sortie publique confirme que la bataille pour le récit politique et la préparation de l’après-2028 est déjà pleinement engagée, sur fond de crise sécuritaire à l’Est et de défis socio-économiques majeurs.
Par Marius Bopenga
CONGO PUB Online






