Une catastrophe minière d’une ampleur effroyable a frappé ce jeudi le territoire de Masisi, au Nord-Kivu. Au moins 226 personnes ont péri dans l’effondrement de puits d’extraction artisanale de coltan à la mine de Rubaya. Le drame, survenu en pleine saison des pluies, met en lumière les conditions de travail mortelles et l’exploitation incontrôlée des ressources dans une zone sous contrôle rebelle.
Un bilan humain dramatique et encore provisoire
Le glissement de terrain a enseveli des centaines de creuseurs artisanaux alors qu’ils se trouvaient dans les galeries souterraines. Parmi les victimes figurent des mineurs adultes, des enfants et des commerçantes. Le bilan, déjà lourd, pourrait encore s’alournir selon les sources locales, les opérations de secours se poursuivant dans des conditions extrêmement difficiles. Des survivants grièvement blessés ont été transférés vers Goma pour des soins.
L’indignation face à l’exploitation des enfants

Une séquence vidéo diffusée sur les réseaux sociaux a provoqué une vague d’indignation. On y voit Bahati Musanga Erasto, présenté comme le gouverneur de la province du Nord-Kivu nommé par l’AFC/M23, s’étonner lors d’une visite sur place de la présence d’un enfant de deux ans parmi les creuseurs rescapés. « Oui, un creuseur de deux ans ? » s’interroge-t-il, avant de s’inquiéter de l’état des vêtements des survivants plutôt que des causes structurelles de la tragédie.
Ces images illustrent de façon criante le travail des enfants et l’absence totale de normes de sécurité qui règnent sur ces sites, soulignant la responsabilité des autorités de fait dans la gestion catastrophique de cette activité.
Une mine stratégique sous contrôle rebelle

Le drame se produit dans un contexte géopolitique hautement sensible. La zone minière de Rubaya, l’une des plus riches en coltan au monde avec une production estimée à près de 120 tonnes par mois, est sous le contrôle du mouvement rebelle AFC/M23 depuis avril 2024. Selon les rapports des Nations Unies, cette production est majoritairement exportée illégalement vers le Rwanda voisin, alimentant ainsi les finances du groupe armé et les tensions régionales.
Une tragédie annoncée dans un secteur non régulé
Cette catastrophe n’est malheureusement pas un cas isolé. Les effondrements sont fréquents dans les mines artisanales de l’Est de la RDC en raison de :
- L’excavation non réglementée et sans soutènement.
- L’absence totale d’infrastructures de sécurité et de mécanismes de protection des travailleurs.
- L’impact de la saison des pluies sur des sols déjà fragilisés.
En juin dernier, un éboulement similaire sur un site voisin à Bibatama avait fait au moins 17 morts.
Des responsabilités multiples et une urgence humanitaire
Cette tragédie pose des questions accablantes :
- Responsabilité du M23 : En tant qu’autorité contrôlant la zone depuis près de deux ans, le mouvement rebelle est directement responsable de la sécurité des populations et de la régulation des activités économiques sur son territoire. La fermeture temporaire décrétée après la catastrophe apparaît comme un geste trop tardif.
- Complicité des circuits internationaux : Les défenseurs des droits humains dénoncent un système d’exploitation soutenu par des circuits commerciaux internationaux qui ferment les yeux sur les conditions d’extraction pour s’approvisionner en minerais stratégiques.
- Urgence humanitaire et protection : Outre les secours, une intervention urgente est nécessaire pour protéger les enfants et les travailleurs de l’exploitation et sécuriser les sites.
Ce drame est un rappel sinistre du coût humain exorbitant de l’exploitation illégale des ressources dans l’Est de la RDC. Il met en lumière l’impératif de traçabilité des minerais et de responsabilisation de tous les acteurs de la chaîne d’approvisionnement, des creuseurs aux consommateurs finaux, tant que persiste un conflit où le contrôle des mines finance la guerre et l’insécurité.
Par Basengezi Ntomo, correspondant à Goma
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