Un silence lourd s’est abattu sur la scène culturelle congolaise. Elbas Manuana Ndosi, monument du théâtre et du cinéma, s’est éteint mardi 3 février à l’hôpital de Ngiri-Ngiri, après une longue maladie. Sa disparition emporte bien plus qu’un acteur talentueux ; elle prive le pays d’un « passeur », d’une conscience artistique qui a façonné des générations.
Figure tutélaire et pourtant profondément accessible, Elbas Manuana appartenait à une école où l’art dramatique était un engagement total. Derrière ses rôles à l’écran, qui ont marqué le grand public, se cachait un homme dont l’œuvre la plus profonde s’est construite dans l’ombre des salles de répétition et des amphithéâtres.
À l’INA, l’héritier devenu patrimoine vivant
C’est à l’Institut national des arts (INA) que son influence fut la plus pérenne. Il n’y était pas simplement un professeur, mais un repère, une mémoire incarnée du théâtre congolais. Sa pédagogie ne visait pas à former des techniciens du jeu, mais des artistes conscients. Il poussait ses étudiants à interroger l’essence même de leur présence sur scène : « Pourquoi jouez-vous ? Quelle vérité portez-vous ? »
Pour lui, le théâtre était un miroir social critique, un outil d’éveil bien au-delà du divertissement. Cet engagement transparaissait dans son approche exigeante du texte, du corps de l’acteur et de son rapport au public.
Un bâtisseur de ponts entre les générations
Ce qui singularisait Elbas Manuana était son refus absolu de la distance hiérarchique. Artiste reconnu, il écoutait, doutait et échangeait d’égal à égal avec les apprentis comédiens. Cette philosophie de la transmission par la confiance s’est concrétisée par des actes forts : dès les années 2000, il a ouvert les portes de productions professionnelles à ses anciens élèves, leur offrant non seulement une opportunité, mais une légitimation précoce.
Il incarnait ainsi un rare pont entre l’âge d’or du théâtre congolais et sa relève, convaincu que l’avenir de l’art se construisait en partageant le feu sacré.
Analyse : Une disparition qui révèle l’ampleur d’une œuvre silencieuse
La disparition d’Elbas Manuana Ndosi souligne cruellement le rôle vital et souvent sous-estimé des passeurs culturels. Dans un paysage artistique parfois fragmenté, son travail patient à l’INA a constitué un ciment essentiel, préservant une éthique et une vision exigeante de l’art dramatique.
Son héritage ne se mesure pas seulement à sa filmographie, mais à la posture artistique qu’il a inoculée à des centaines de comédiens, metteurs en scène et dramaturges aujourd’hui actifs. Il laisse derrière lui une école de pensée : celle d’un théâtre comme acte de responsabilité sociale et de recherche de vérité humaine.
Conclusion : Le rideau se lève sur l’héritage
Si le rideau est tombé sur l’homme, sa réplique la plus puissante résonne encore. Elle est palpable dans le travail de tous ceux qu’il a formés, guidés et inspirés. Elbas Manuana Ndosi s’en va au moment où le Congo traverse des crises multiformes, rappelant par son parcours que la culture n’est pas un ornement, mais un pilier fondamental de conscience et de résilience nationale.
Sa plus grande réussite aura été de faire comprendre que le plus beau rôle d’un artiste n’est pas toujours celui qu’il joue sous les projecteurs, mais parfois celui, invisible et décisif, de semer l’avenir. La scène congolaise, en deuil, est aujourd’hui peuplée de ses témoins.
Par Marius Bopenga
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