Ponts fermés, digues submergées et évacuations de quelques centaines d’habitants… Des villages en bord de Garonne se sont retrouvés samedi « totalement isolés » face à la montée des eaux, dans un contexte de crue « généralisée » et record en France selon Vigicrues.
Après une succession d’intempéries cette semaine, dont la violente tempête Nils, la Gironde et le Lot-et-Garonne ont été maintenus ce week-end en vigilance rouge pour les crues, avec une dizaine de départements en vigilance orange sur une large frange ouest du pays, de l’Ille-et-Vilaine à l’Ariège, et environ 60 en vigilance jaune.
À cela s’ajoutent trois autres alertes météorologiques : une vigilance orange aux vents forts pour l’Aude, les Pyrénées-Orientales et la principauté d’Andorre ; une vigilance orange neige-verglas dimanche pour une quinzaine de départements de la moitié nord du pays, notamment en région parisienne et dans les Hauts-de-France ; et une vigilance orange aux avalanches dans les Pyrénées dimanche.
Nous sommes dans une situation en France de crues majeures généralisées. Il est un peu trop tôt pour dire si oui ou non, c’est le changement climatique qui opère depuis un mois et demi sur cette recrudescence de perturbations.
Corentin Perrot, prévisionniste chez Météo FranceLucile Gimberg
Pour les cours d’eau en vigilance orange ou rouge, « des débordements importants et majeurs sont en cours ou attendus dans les prochaines 24 heures », selon le service d’informations Vigicrues.
Une lente décrue s’amorce
À Bourdelles (90 habitants) près de La Réole, en Gironde, la Garonne est sortie de son lit, avec de l’eau à perte de vue, a constaté samedi un journaliste de l’AFP. « Il y a des villages qui sont totalement isolés », a déclaré l’adjudant-chef Olivier Konrad, adjoint à la Brigade nautique d’Arcachon, chargée de patrouiller et d’évacuer les habitants concernés, qui sont néanmoins rompus aux crues, notamment après celle de 2021.
« Ils ont l’habitude. (…) Mais là, par rapport à hier (vendredi), l’eau a encore bien pris un bon mètre » de hauteur, a-t-il expliqué, avec 9,70 mètres mesurés samedi après-midi à La Réole. « Les niveaux d’eau ont atteint un plateau » sur la Garonne en Gironde, selon la préfecture, qui s’attend à un pic dimanche vers 6h00 du matin à La Réole. Les autorités ont fait état d’environ 80 personnes évacuées en Gironde.
Je suis devant ma fenêtre de mon bureau et là, je vois en fait un océan. Cette Garonne qui fait d’habitude 30 mètres… Là, on voit de l’eau à perte de vue. Des centaines d’hectares…
01:19
Témoignage du maire de La RéoleLucile Gimberg
En amont, dans le Lot-et-Garonne, des évacuations « préventives », liées à des « fragilités sur les digues », ont concerné samedi 590 personnes, selon la préfecture, portant le total des évacués à 1 500 dans le département. À Tonneins (Lot-et-Garonne), une crue de 9,58 mètres a été observée, supérieure à celle de 2021 (9,51 m) mais loin du record de 1930 (10,72 m), avant de refluer à 9,44 mètres vers 20h00 samedi, début de « décrues lentes » selon la préfecture.

Un phénomène exceptionnel qui risque d’être de plus en plus fréquent
La situation est exceptionnelle dans son ampleur et sa durée, explique Jean-Marie Coulomb, adjoint opérationnel au service central de Vigilance des crues. « Le phénomène que l’on vit actuellement est exceptionnel. D’abord par rapport à l’étendue géographique jamais atteinte depuis la création de la vigilance crues en 2006, puisque, au plus fort de la crue, cela a touché 88 départements en France, donc 88 départements avec des cours d’eau qui débordent », indique-t-il.
« Et puis l’autre critère, c’est la durée de cette crue, puisque depuis mi-janvier, nous sommes avec des cours d’eau qui sont en vigilance orange ou plus sans discontinuer. Les sols sont complètement saturés, c’est-à-dire qu’ils ne sont plus en capacité d’absorber l’eau qui tombe sous les phénomènes pluvieux. Le record de 1959 est battu », poursuit Jean-Marie Coulomb. « Nous avons un taux d’humidité qui est le plus fort jamais atteint jusqu’à présent. Et par ailleurs, nous avons, puisqu’il pleut depuis un certain temps, des niveaux dans les cours d’eau qui sont très élevés. Ce qui signifie que, à la moindre pluie, à la moindre reprise de pluie, nous allons avoir à nouveau des débordements ou l’entretien des crues existantes qui sont déjà en cours. »
Nous, à ce stade, dans le réseau Vigicrues, toutes les équipes sont mobilisées, concentrées sur la gestion de l’épisode en cours. On peut constater aujourd’hui peut-être par endroits un certain nombre d’améliorations, mais globalement, l’épisode de crue n’est pas du tout fini…
Jean-Marie Coulomb, adjoint opérationnel de VigicruesLucile Gimberg
Toutefois, Jean-Marie Coulomb prévient que les épisodes de crue risquent d’être de plus en plus nombreux. « Les climatologues nous disent que nous allons avoir probablement des phénomènes extrêmes de plus en plus nombreux, que ce soit des épisodes de crues ou des épisodes de sécheresse. D’ailleurs, on constate effectivement, dans les crues les unes après les autres, que l’on a des durées plus longues, des intensités de crues plus importantes », déclare-t-il.
RFI





