À la veille des élections présidentielle et législatives, la tension est montée d’un cran en Ouganda. Depuis la soirée du mardi 13 janvier, l’accès à Internet est largement coupé dans le pays. Les autorités justifient cette mesure par la lutte contre la désinformation, la fraude électorale et les appels à la violence. Mais, pour des organisations de la société civile, cette coupure constitue une nouvelle étape dans le rétrécissement de l’espace civique, au moment même où l’accès à l’information est crucial pour la transparence du scrutin.
À Kampala, l’avocat ougandais des droits humains Hillary Ssemanda s’interroge : « Quelle est la logique derrière cette coupure d’Internet ? ». Selon lui, les perturbations vont au-delà des réseaux sociaux et de la navigation en ligne. « Même les services de paiement mobile […] ont été coupés », affirme-t-il, estimant que cela vise à « empêcher les gens de retirer de l’argent et d’acheter l’essentiel, comme la nourriture ».
Le climat sécuritaire alimente aussi les inquiétudes. « Il y a un déploiement massif de l’armée », décrit Hillary Ssemanda, « l’armée a été déployée dans les rues de Kampala », poursuit-il, évoquant des militaires lourdement armés. « Ils ont des mitrailleuses. On dirait que le pays se dirige vers la guerre », craint l’avocat. Pour lui, le but du dispositif est « de créer la peur […] et de dissuader la population d’aller voter ».
Dans la capitale, l’atmosphère est électrique, assure l’avocat. « Les gens ont peur. La tension est très forte à Kampala », dit-il, avant d’ajouter : « C’est comme un confinement. La plupart des gens restent chez eux. Ils ont même peur de sortir ». Et d’alerter sur un possible impact sur la participation, beaucoup de citoyens étant susceptibles de ne pas aller voter à cause de l’intimidation.
Quelle est la logique derrière cette coupure d’Internet ? Même les services de paiement mobile, ceux qui permettent de faire des transactions depuis sa carte SIM, ont été coupés, pour empêcher les gens de retirer de l’argent et d’acheter l’essentiel, comme la nourriture. Il y a un déploiement massif de l’armée. Vous vous rendez compte ? L’armée nationale a été déployée dans les rues de Kampala. Ils ont des mitrailleuses. C’est comme si le pays se dirigeait vers la guerre. Le but de ce déploiement militaire, c’est de créer la peur dans la population, pour la dissuader d’aller voter. Et les gens ont peur. La tension est très forte à Kampala. Là, au moment où je vous parle, c’est comme un confinement : la plupart des gens restent chez eux. Ils ont même peur de sortir. Et beaucoup pourraient ne pas aller voter demain, à cause des intimidations de l’État.
Hillary Ssemanda, avocat des droits humains en OugandaChristina Okello
Sur le plan politique, un duel au sommet
Sur le plan politique, le scrutin prend des allures de duel au sommet. Le président sortant, Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, brigue un septième mandat. Son camp fait campagne sur la stabilité avec le slogan « Protecting the Gains » (« Protéger les acquis », en français).
En face, son principal rival, Bobi Wine, accuse le pouvoir de verrouiller le jeu politique et présente ce vote comme un scrutin de « protestation ». À la veille du vote, le chanteur devenu homme politique a aussi reçu un soutien symbolique : celui de l’opposant historique Kizza Besigye, détenu depuis plus d’un an pour trahison, qui a appelé à voter pour lui.
Médias et observation du vote : une crédibilité en question
Autre sujet de crispation : les conditions de couverture médiatique et la capacité à documenter le scrutin. Des reporters étrangers accrédités disent avoir été refoulés lors du dernier meeting du président Yoweri Museveni. Et Reporters sans frontières dénonce une hausse des violences contre la presse.
Enfin, les modalités autour des bureaux de vote pourraient devenir un point chaud. La police exhorte les électeurs à ne pas s’attarder après avoir voté, au nom du maintien de l’ordre. Des défenseurs des droits estiment au contraire que les citoyens doivent pouvoir rester à proximité pour observer le décompte, tant qu’ils ne provoquent pas de troubles. Une question d’autant plus sensible que, dans un contexte de black-out numérique, la vérification indépendante et la circulation d’images sont déjà fortement entravées.
À J-1 du scrutin, au-delà de l’issue électorale, c’est donc aussi la crédibilité du vote – et donc son acceptation – qui se joue, dans un climat de tension et de restrictions.
RFI








