La Bank of Kigali, principale banque du Rwanda, vient de rejoindre directement le China Cross-Border Interbank Payment System (CIPS), le réseau chinois de paiements internationaux en yuan. Une évolution qui renforce les connexions financières entre Kigali et Pékin et intervient dans un contexte régional marqué par les tensions dans l’est de la RDC.
Selon la banque, cette adhésion doit permettre de rendre les paiements entre le Rwanda et la Chine plus directs et de réduire le recours à certaines banques intermédiaires. Bank of Kigali devient ainsi la première banque rwandaise et la première banque basée en Afrique de l’Est et centrale à rejoindre directement le réseau CIPS.
Une présence chinoise qui se renforce

L’enjeu est important pour Kigali. La Chine constitue un partenaire commercial majeur du Rwanda, notamment pour ses importations. L’accès direct au CIPS facilite donc les transactions en yuan et contribue à diversifier les infrastructures financières utilisées par le pays.
Il ne s’agit cependant pas d’un abandon du système financier dominé par le dollar. Bank of Kigali continuera notamment à utiliser les réseaux internationaux existants, dont SWIFT.
Cette évolution traduit plutôt la montée en puissance du yuan dans les échanges internationaux et le rapprochement financier croissant entre le Rwanda et la Chine.
Un contexte régional sensible

Cette évolution intervient alors que le Rwanda est au cœur des accusations internationales concernant son rôle dans la crise sécuritaire de l’est de la RDC.
Les Nations unies ont documenté le soutien militaire, logistique et politique de Kigali à l’AFC/M23, ainsi que le contrôle de certaines routes commerciales liées aux minerais de l’est congolais. Un rapport du Groupe d’experts de l’ONU a notamment décrit le contrôle par l’AFC/M23 de routes d’acheminement des minerais de Rubaya vers le Rwanda.
Human Rights Watch a également documenté en 2026 le soutien de forces rwandaises au M23 et des abus commis dans les territoires contrôlés par le mouvement.
Sanctions américaines : une question à ne pas confondre
Washington a par ailleurs renforcé sa politique de sanctions à l’égard de certains acteurs impliqués dans le conflit congolais. Le 30 avril 2026, le Trésor américain a notamment sanctionné l’ancien président congolais Joseph Kabila, l’accusant de soutenir financièrement l’AFC et le M23. Kabila conteste ces accusations.
Mais l’existence du CIPS ne signifie pas automatiquement qu’un acteur sanctionné par les États-Unis peut échapper aux sanctions en utilisant le yuan ou le système bancaire rwandais. Il faudrait démontrer l’existence de transactions précises, de contreparties sanctionnées et d’un mécanisme destiné à contourner les restrictions américaines.
Le véritable enjeu pour la RDC
Pour Kinshasa, la question dépasse donc la seule adhésion d’une banque rwandaise au système chinois. Elle concerne également la traçabilité des flux financiers et commerciaux associés aux minerais provenant des zones contrôlées par l’AFC/M23.
L’ONU a déjà documenté des mécanismes d’acheminement de minerais depuis les zones sous contrôle rebelle vers le Rwanda, tandis que les autorités rwandaises contestent les accusations concernant leur rôle dans le conflit.
L’entrée de Bank of Kigali dans le CIPS constitue ainsi surtout un nouveau maillon dans l’intégration financière du Rwanda avec la Chine. Dans un contexte où les minerais de l’est de la RDC sont au cœur des enjeux économiques et géopolitiques régionaux, cette évolution mérite néanmoins une attention particulière sur la traçabilité des flux financiers et commerciaux.
Pour Kinshasa, l’enjeu sera désormais de s’assurer que l’exploitation et la commercialisation des ressources congolaises puissent être suivies de manière transparente, quel que soit le circuit financier utilisé.
Par Pascal Kabeya
CONGO PUB Online





















