Dans une démonstration de force diplomatique et médiatique, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont présenté ce samedi à la presse quinze personnes présentées comme des éléments de preuve tangible de l’agression rwandaise. Parmi elles, sept soldats identifiés comme membres des Forces de défense rwandaises (FDR) et huit civils ressortissants de pays de la sous-région, capturés à Uvira, dans le Sud-Kivu.
Cette présentation solennelle au siège du Collège des Hautes Études de Stratégie et de Défense (CHESD) vise à contrer point par point la narration de Kigali. Le lieutenant-colonel Mak Hazukay Mongba, commandant adjoint du Service de communication et d’information des FARDC, a dirigé cette opération de communication militaire d’envergure.
« La preuve par l’humain » : des soldats rwandais loin des frontières

L’argument central des FARDC est géographique et vise à pulvériser la thèse défensive rwandaise. « L’occupation jusqu’à aujourd’hui d’Uvira, se trouvant très loin de ces frontières, prouve que la raison des mesures défensives avancées par Kigali est un pur mensonge », a martelé le lieutenant-colonel Hazukay.
La présence de militaires rwandais présentés comme tels, capturés à plusieurs centaines de kilomètres de la frontière entre les deux pays, constitue l’élément clé de l’accusation. Pour Kinshasa, il s’agit d’une preuve irréfutable de l’offensive rwandaise au-delà d’une simple sécurisation frontalière.
Une conflictualité régionalisée ? La question des civils
Les huit civils présentés, dont des ressortissants burundais et tanzaniis selon les FARDC, ouvrent un autre front dans le discours officiel congolais. L’armée accuse Kigali de « manipuler des ressortissants des pays de la sous-région et autres groupes armés comme le RED Tabara, en vue de régionaliser le conflit armé ».
Cette présentation suggère une stratégie de démonstration d’une implication multinationale dans l’instabilité de l’Est, potentiellement pour mobiliser une réponse diplomatique plus large au sein des instances régionales comme la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) ou la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC).
Un timing stratégique : entre pressions diplomatiques et reprises offensives

Cette révélation publique intervient dans un contexte chargé :
- Pressions sur Kigali : Elle survient après les accusations directes des États-Unis au Conseil de sécurité de l’ONU et la forte pression diplomatique exercée sur le Rwanda.
- Violation des accords : Les FARDC accusent explicitement Kigali de « violer délibérément l’Accord de Washington et la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU ».
- Reprise des combats : Cette présentation a lieu simultanément à une nouvelle offensive de l’AFC/M23 pour reprendre Katoyi dans le territoire de Masisi (Nord-Kivu), démontrant que la communication se déroule sur fond d’escalade militaire continue.
Une manœuvre à plusieurs niveaux
Cette opération médiatique des FARDC est une manœuvre politico-militaire complexe :
- Preuve juridique et politique : Elle vise à constituer une preuve devant la communauté internationale, potentiellement pour des poursuites ou des sanctions.
- Légitimation de la riposte : Elle justifie la guerre totale contre le M23 et ses soutiens présumés en la présentant comme une légitime défense contre une invasion.
- Déstabilisation du narratif rwandais : Elle cherche à invalider publiquement le discours défensif de Kigali.
- Mobilisation nationale et internationale : Elle sert à galvaniser le soutien interne et à rallier les partenaires internationaux à la cause congolaise.
La balle est maintenant dans le camp du Rwanda, contraint de réagir à ces présentations d’individus qu’il devra soit reconnaître, soit désavouer. Cette escalade dans la guerre de l’information marque un nouveau chapitre dans le conflit, où la capture et l’exhibition de prisonniers deviennent des outils de communication stratégique. La communauté internationale, et particulièrement les médiateurs américains, se trouvent face à des « preuves sur pied » qui complexifient encore davantage la recherche d’une sortie de crise.
Par Marius Bopenga
CONGO PUB Online






