Historiquement, l’économie de la RDC est principalement soutenue par l’exploitation du cuivre et du cobalt. Alors que le pays est aussi producteur d’or et d’étain notamment, son secteur minier peut connaître un tournant majeur grâce à un projet récemment dévoilé.
Le vendredi 9 janvier 2026, le gouvernement de la République démocratique du Congo a dévoilé les grandes lignes du projet Mines de Fer de la Grande Orientale (MIFOR), présenté comme un futur complexe d’exploitation nécessitant un investissement initial de 28,9 milliards USD. Si les objectifs de production et les paramètres financiers avancés laissent entrevoir des retombées potentiellement majeures pour l’économie nationale, cette présentation officielle laisse également subsister de nombreuses zones d’ombre.
Des retombées « substantielles et diversifiées »
Selon les éléments communiqués, le projet MIFOR ambitionne de valoriser un potentiel de minerai de fer estimé à entre 15 et 20 milliards de tonnes de « ressources cumulées ». D’après Bankable, ces ressources seraient situées dans l’ancienne province Orientale, aujourd’hui scindée en Ituri, Haut-Uélé, Bas-Uélé et Tshopo. Pour en assurer la mise en valeur, Kinshasa évoque un développement progressif, avec une capacité de production initiale de 50 millions de tonnes par an, appelée à être portée à jusqu’à 300 millions de tonnes annuelles.

L’investissement de départ de 28,9 milliards USD destiné au développement du MIFOR couvre à la fois les infrastructures d’extraction et les unités de transformation industrielle. Il inclut aussi la mise en place d’un corridor logistique structurant, combinant rail lourd, transport sur le fleuve Congo et accès au port en eaux profondes de Banana.
La durée d’exploitation est fixée à 25 ans, au cours desquels le projet est censé générer un chiffre d’affaires cumulé supérieur à 679 milliards USD. Fondé, apprend-on, sur des hypothèses de marché prudentes, ce modèle économique est également présenté comme porteur de « retombées […] substantielles et diversifiées » pour l’État congolais. Aucune estimation chiffrée n’a toutefois été avancée pour en préciser la portée.
« Au-delà de l’exploitation minière, MIFOR est conçu comme un projet d’architecture économique nationale reposant sur la transformation progressive d’une ressource minérale stratégique en infrastructures souveraines, puis en recettes durables, et enfin en stabilité macroéconomique et développement territorial équilibré. La mine y joue le rôle d’instrument financier permettant à l’État de créer des actifs structurants de long terme », peut-on lire dans la note publiée à l’occasion.
Du flou à élucider
Sur le papier, le projet semble assez prometteur. Sa capacité de production annuelle maximale projetée à 300 millions de tonnes représente par exemple plus du double de celle de 120 millions de tonnes attendue sur le complexe minier guinéen de Simandou, lancé en novembre 2025 avec le statut de nouveau plus grand projet de minerai de fer au monde. Cette comparaison demeure toutefois fragile à ce stade, tant sur le plan technique qu’au regard du caractère encore largement hypothétique du MIFOR.

Le site du gisement de minerai de fer de Simandou, en Guinée
Il faut en effet rappeler que les paramètres présentés jusqu’ici ne sont associés à aucune étude de faisabilité formellement établie. Or, ce type de document constitue une référence incontournable dans l’industrie minière pour démontrer la viabilité économique d’un projet, à partir d’analyses techniques, financières et opérationnelles approfondies. Par ailleurs, l’usage du terme de « ressources » plutôt que celui de « réserves exploitables » pour qualifier le potentiel minéral, ajoute un degré d’incertitude supplémentaire quant à la maturité du projet.
Parallèlement, les modalités de mobilisation du financement nécessaire restent à préciser. On ignore donc si un partenaire sera à terme associé au développement du projet, ou encore le niveau de la contribution financière prévue par l’État congolais. Si la note évoque un intérêt manifesté par des investisseurs internationaux, elle demeure silencieuse sur leur identité. Enfin, l’absence de calendrier communiqué alimente les interrogations quant aux délais de mise en œuvre du projet.
Vers une « structuration progressive »
En attendant des précisions ultérieures, notons que l’État congolais a d’ores et déjà annoncé la mise en place d’une « Commission interministérielle élargie » dédiée au projet MIFOR. Cette instance aura pour mission d’en assurer le pilotage stratégique ainsi que la structuration progressive. Quoi qu’il en soit, la concrétisation de ce nouveau chantier minier pourrait marquer une étape clé pour la RD Congo et son économie, encore largement dominée par les recettes tirées de l’exploitation du cuivre et du cobalt.
Aurel Sèdjro Houenou






