Erik Prince déploie des contractors américains sur la ligne de front en RDC pour sécuriser Uvira

par admin9775

Erik Prince, fondateur de l’ancienne société militaire privée Blackwater et proche de l’ancien président américain Donald Trump, a déployé une équipe de sécurité privée en soutien direct aux forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) lors des récentes opérations visant à reprendre et sécuriser la ville stratégique d’Uvira, au Sud-Kivu. C’est ce que révèlent à Reuters quatre sources haut placées ayant connaissance de cette mission.

Cette implication constitue la première intervention connue des contractors liés à Prince sur la ligne de front du conflit congolais, marquant une évolution significative de son mandat initial, centré sur la sécurisation des revenus miniers.

Un déploiement tactique en appui aux FARDC

Selon ces sources, qui ont requis l’anonymat en raison de la sensibilité des informations, l’équipe de Prince a été déployée à la demande expresse du gouvernement congolais fin décembre 2023 ou début janvier 2024. Son rôle principal était de fournir un soutien par drones (renseignement, surveillance, acquisition d’objectifs) aux forces spéciales congolaises engagées contre les rebelles de l’AFC/M23, qui avaient brièvement pris le contrôle de cette ville frontalière clé avec le Burundi en décembre.

Une des sources, un haut responsable sécuritaire congolais, a justifié cette décision par la nécessité de « mobiliser toutes les ressources possibles » pour reprendre Uvira, dont la chute avait porté un coup sévère aux négociations de paix. L’équipe de Prince s’est depuis retirée de la zone pour se recentrer sur sa mission principale : la création d’une « police fiscale » destinée à améliorer la collecte des recettes minières. Cependant, une autre source a indiqué qu’elle pouvait être redéployée à tout moment sur demande de Kinshasa.

Le cadre d’un « accord minerais contre sécurité »

Le déploiement s’inscrit, selon le responsable congolais, dans le cadre plus large d’un partenariat stratégique discuté entre Washington et Kinshasa, souvent résumé par l’expression « minerais contre sécurité ». Les États-Unis, désireux de sécuriser l’accès aux minerais critiques essentiels à leur transition énergétique (cobalt, cuivre, lithium), ont proposé un soutien renforcé à la RDC pour stabiliser l’Est du pays.

Bien que le département d’État américain ait déclaré ne détenir aucun contrat avec Erik Prince ou ses sociétés, l’opération d’Uvira est intervenue peu après des appels publics de Washington exigeant le retrait du M23. La présence de contractors américains, même privés, est vue comme un facteur de dissuasion potentiel contre le M23 et son soutien rwandais présumé.

Coordination avec des conseillers israéliens

Une cinquième source a révélé que les contractors de Prince ont opéré en coordination avec des instructeurs militaires israéliens présents en RDC. Ces derniers ont pour mandat la formation de deux bataillons de forces spéciales congolaises. Cette collaboration triangulaire (RDC – contractors américains – instructeurs israéliens) suggère une coordination tactique avancée, bien que les raisons de l’implication israélienne restent officiellement non clarifiées. L’ambassade d’Israël à Luanda et le ministère israélien des Affaires étrangères n’ont pas répondu aux demandes de commentaire.

Un conflit qui s’internationalise et se complexifie

Cette révélation illustre la complexification et l’internationalisation croissante du conflit à l’Est de la RDC. Elle survient dans un contexte où :

  • Les combats ont repris avec intensité depuis début 2023.
  • Un accord de paix américain entre la RDC et le Rwanda, signé en juin 2023, exclut le M23 et peine à produire des effets concrets.
  • La communauté internationale accuse toujours le Rwanda de soutenir la rébellion, ce que Kigali continue de nier.

L’implication directe, même temporaire, d’un acteur privé aussi controversé qu’Erik Prince sur le champ de bataille congolais pose des questions majeures sur l’opacité des alliances, l’évolution du mandat des contractors et la nature réelle des contreparties dans le partenariat entre la RDC et ses alliés occidentaux. Elle risque également d’ajouter une nouvelle couche de tension dans une région déjà extrêmement volatile.

Aucune des parties directement concernées – la présidence congolaise, les FARDC, ni le porte-parole d’Erik Prince – n’a répondu aux sollicitations pour commenter ces informations.

Par Pascal Kabeya
CONGO PUB Online

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