Le prix Nobel de la paix 2018, Denis Mukwege, a réagi aux déclarations du président Félix Tshisekedi concernant l’organisation des élections de 2028 dans un contexte marqué par l’insécurité persistante dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Dans une interview accordée à Africanews, le gynécologue congolais estime qu’il existe une contradiction entre l’impossibilité d’organiser des élections dans les provinces en conflit et la volonté de tenir un référendum constitutionnel dans les mêmes conditions.
« Il dit qu’on ne peut pas faire les élections, puisqu’il y a deux provinces qui sont en guerre. Si on ne peut pas organiser d’élections pour cette raison, alors on ne peut pas non plus organiser de référendum pour modifier la Constitution, car il faudrait que ces deux provinces puissent également se prononcer », a déclaré Denis Mukwege.
Le médecin et défenseur des droits humains considère que les populations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, touchées par les affrontements entre les FARDC et les rebelles de l’AFC/M23 soutenus par le Rwanda selon Kinshasa, ne peuvent être exclues d’un processus aussi important que la révision de la Constitution.
Critiques sur le partenariat avec les États-Unis
Au-delà du débat institutionnel, Denis Mukwege a également exprimé ses réserves sur le partenariat stratégique conclu entre la RDC et les États-Unis, notamment autour des ressources minières et des enjeux sécuritaires.
Selon lui, les attentes de la population congolaise en matière de sécurité ne sont pas encore satisfaites malgré les accords annoncés.
« En ce qui concerne les minerais, il y a déjà des lots de minerais qui partent, mais en contrepartie, nous n’avons pas la sécurité. Et donc, c’est une diplomatie qu’on pouvait qualifier de transactionnelle au départ, mais aujourd’hui ça ressemble plutôt à de la prédation », a-t-il dénoncé.
Pour le prix Nobel, les retombées concrètes de cette coopération devraient d’abord se mesurer par une amélioration de la situation sécuritaire dans l’Est du pays, où les violences armées continuent de provoquer déplacements de populations et crise humanitaire.
Un débat constitutionnel de plus en plus tendu
La sortie de Denis Mukwege intervient dans un climat politique marqué par de fortes divergences autour de l’éventualité d’un changement constitutionnel en RDC.
Lors de sa conférence de presse du 6 mai dernier, Félix Tshisekedi avait affirmé vouloir mettre fin « le plus rapidement possible » à la guerre dans l’Est afin de permettre l’organisation des élections de 2028. Le chef de l’État avait comparé la situation congolaise à celle de l’Ukraine, estimant qu’il est difficile d’organiser des scrutins dans un contexte de guerre active.
Pendant ce temps, plusieurs acteurs politiques et sociaux continuent d’afficher des positions opposées sur la question d’un référendum et d’une éventuelle révision de la Constitution, alimentant davantage le débat sur l’avenir institutionnel du pays.
Par Marius Bopenga
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