Après deux jours de sommet à Pékin, Donald Trump repart en affichant une relation stabilisée avec Xi Jinping, mais avec aussi un message très clair sur Taïwan. Le président américain met désormais ouvertement en garde contre toute déclaration d’indépendance de l’île. Une prise de position qui intervient après un avertissement particulièrement ferme de Xi Jinping, pour qui la question taïwanaise reste la ligne rouge absolue dans les relations sino-américaines. Et à laquelle Taïwan a rapidement réagi.
Pendant toute sa visite à Pékin, Donald Trump avait soigneusement évité d’évoquer publiquement Taïwan. Mais dans l’avion du retour, le ton a changé, souligne notre correspondante à Pékin, Cléa Broadhurst.
« Je vais vous dire une chose. Je ne souhaite pas que quelqu’un réclame l’indépendance. Et, vous savez, on est censés parcourir 15 000 kilomètres pour aller faire la guerre. Ce n’est pas ce que je veux. Je veux qu’ils se calment. Je veux que la Chine se calme. Nous ne cherchons pas à entrer en guerre, et si vous laissez les choses telles qu’elles sont, je pense que la Chine s’en accommodera. Mais nous ne voulons pas que quelqu’un dise : “Déclarons notre indépendance parce que les États-Unis nous soutiennent »
Trump reprend ici presque mot pour mot la logique du statu quo défendue depuis des décennies par Washington : pas d’indépendance officielle de Taïwan, mais pas non plus d’unification forcée avec la Chine. Depuis 1979 et le Taiwan Relations Act, Washington a toujours maintenu un savant équilibre dans ses relations avec Taipei. Mais en mettant en garde l’île contre toute déclaration d’indépendance, Donald Trump a fait un pas vers Pékin, explique le chercheur Marc Julienne. Il est interrogé par Eliott Vaissié. « Il se rapproche de ce que souhaiterait la Chine… c’est de passer du non soutien à l’indépendance à une opposition à l’indépendance. »
Mais ses propos interviennent surtout après une mise en garde très directe de Xi Jinping pendant le sommet. Le président chinois a prévenu que si la question taïwanaise était « mal traitée », les deux puissances pourraient « entrer en conflit ».
Reste désormais une question centrale : Donald Trump ira-t-il jusqu’à ralentir, voire bloquer, les importantes ventes d’armes promises à Taïwan? Pékin pousse clairement en ce sens. Donald Trump a déclaré n’avoir pas encore pris de décision sur la poursuite des ventes d’armes à Taïwan. Or, toute annulation ou diminution des livraisons constituerait un signal inquiétant, explique Marc Julienne. « C’est la suspension ou l’abandon du soutien militaire étatsunien qui est prévu par la loi américaine, reprend Marc Julienne. C’est une forte préoccupation pour les autorités taïwanaises mais aussi je pense pour la population puisque les États-Unis sont le seul partenaire de défense de Taïwan. »
Le chercheur estime qu’il s’agirait aussi d’un signal extrêmement négatif envoyé aux alliés des Etats-Unis dans la région. Notamment à la Corée du Sud et au Japon. Les prochains mois diront jusqu’où Washington est prêt à aller pour préserver cette fragile stabilité avec la Chine.
La réponse de Taïpei
En réponse à ces déclarations du président américain Donald Trump, le mettant en garde contre toute proclamation d’indépendance susceptible de déclencher une guerre avec Pékin, le gouvernement de Taïwan a affirmé samedi que l’île est une nation « indépendante ». « Taïwan est une nation démocratique, souveraine et indépendante, qui n’est pas subordonnée à la République populaire de Chine », a déclaré le ministère taïwanais des Affaires étrangères dans un communiqué, ajoutant que les ventes d’armes faisaient partie des engagements de sécurité des Etats-Unis à l’égard de Taïwan et qu’à cet égard, la politique de Washington demeurait « inchangée ».
« Il n’a fait aucune promesse à la Chine. C’est un signal très important. Certains pensent que les garanties américaines sont compromises : je pense que c’est surinterpréter », abonde Chen YouZhong du cabinet gouvernemental chargé des affaires inter-détroit.
L’opposition taïwanaise, elle, jubile, et Zheng Liwen, la présidente du Kuomintang, s’imagine adoubée par Washington, relève notre correspondant à Taïpei, Jules Bois. « Trump a ouvertement dit que si Taiwan avait un président convenable, il n’y aurait aucune menace dans le détroit. La politique d’une seule Chine est soutenue par la communauté internationale, et les Etats-Unis, en tête, l’ont toujours accepté. Cette position est entièrement conforme avec la politique que le Kuomintang et moi-même mettons récemment en avant », s’est-elle vantée.
Donald Trump a beau affirmer que la position américaine vis-à-vis de Taïwan n’a pas changé, son ton a durci après le tête-à-tête avec Xi Jinping, de quoi garder Taiwan, dans l’incertitude.
RFI





