Le porte-parole militaire de la coalition rebelle AFC-M23-RDF, Willy Ngoma, a été tué dans une frappe de drone attribuée aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), dans la nuit du mardi 24 février 2026, aux environs de 2h40, à Rubaya, en territoire de Masisi (Nord-Kivu), selon une source locale.
D’après les informations recueillies sur place, la frappe aurait ciblé une maison d’habitation située dans la ferme de Kasuku, au cœur de cette cité minière stratégique. Le bilan provisoire fait état de neuf corps retrouvés dans les décombres. Parmi les victimes figureraient également deux combattants étrangers, présentés comme des mercenaires occidentaux.
La même source indique que le général Sultani Makenga, chef militaire du mouvement rebelle, aurait été blessé lors de cette opération. Aucune confirmation officielle n’a, à ce stade, été communiquée par les parties concernées.
Cette frappe intervient dans un contexte d’intensification des opérations militaires des FARDC autour du carré minier stratégique de Rubaya, une zone clé pour l’exploitation du coltan. Le site était passé sous le contrôle des rebelles le 30 avril 2024, renforçant les tensions sécuritaires dans la province du Nord-Kivu.
Qui était Willy Ngoma, porte-parole militaire de l’AFC/M23 tué à Rubaya ?

Le colonel Willy Ngoma était le porte-parole militaire de l’Armée Révolutionnaire Congolaise (ARC), branche armée de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 Mars (AFC/M23). Il a été tué dans une frappe de drone à Rubaya, dans le territoire de Masisi (Nord-Kivu), selon un cadre de cette plateforme politico-militaire qui contrôle plusieurs entités dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, à l’est de la RDC.
Un parcours revendiqué entre engagement politique et lutte armée
Originaire du Kongo Central, Willy Ngoma affirmait avoir vécu à Kinshasa avant de rejoindre le M23 lors de sa création en 2012. Dans une interview, il déclarait avoir milité au sein de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti fondé par Étienne Tshisekedi, avant de basculer dans la rébellion.
Pour étayer ses propos, il présentait plusieurs photographies le montrant aux côtés de personnalités congolaises, notamment Rubens Mikindo, ancien ministre des Hydrocarbures et cadre de l’UDPS, lors d’un séjour à Goma. Il affirmait également avoir séjourné en Afrique du Sud en 2002 avec Étienne Tshisekedi, évoquant l’existence d’initiatives politico-militaires à cette époque.
Exil et maquis
Selon son propre témoignage, Willy Ngoma aurait intégré le M23 dès sa création en 2012, où il dit avoir travaillé dans la sécurité intérieure.
« Je suis au M23 depuis sa création en 2012. Je travaillais dans la sécurité intérieure. En 2013, nous sommes allés en exil au camp militaire de Bihanga en Ouganda. Le 14 janvier 2017, nous sommes allés au maquis de Sarambwe en RDC », confiait-il.
Ces déclarations font référence à la période d’exil des combattants du M23 en Ouganda après la défaite militaire du mouvement face aux Forces armées de la RDC appuyées par la Brigade d’intervention de la MONUSCO en 2013.
Une figure médiatique du mouvement
Au sein de l’AFC/M23, Willy Ngoma s’était imposé comme le principal visage médiatique et le porte-voix militaire du mouvement. À travers ses communications, il défendait la ligne politique et sécuritaire de la rébellion dans un contexte marqué par de fortes tensions entre Kinshasa et Kigali, sur fond d’accusations d’ingérence et d’« agression rwandaise » portées par les autorités congolaises.
Figure majeure de la rébellion, Willy Ngoma avait été sanctionné en décembre 2023 par les États-Unis. Selon Washington, il a été visé pour son rôle dans l’AFC-M23 dans des violations graves des droits de l’homme, notamment des meurtres et des violences sexuelles contre des civils. Les autorités américaines citent notamment des actes perpétrés en novembre 2022 à Kishishe, dans la province du Nord-Kivu. Ce que la rébellion a toujours rejeté.
Il avait également été sanctionné en 2022 par le Conseil de l’Union européenne avec des mesures restrictives. Selon l’UE, en raison de ses fonctions dirigeantes au sein de ce mouvement soutenu par Kigali, Willy Ngoma contribuait, à travers ses fonctions, à l’instabilité et à l’insécurité en RDC.
Sa mort constitue un tournant pour la communication stratégique du mouvement, dont il incarnait la parole officielle sur les opérations militaires et les positions politiques.
La disparition de Willy Ngoma représente un revers majeur pour le M23. Figure médiatique du mouvement et principal porte-voix de sa branche militaire, il incarnait la communication officielle de la rébellion sur le terrain comme sur la scène médiatique.
Par Basengezi Ntomo, correspondant à Goma
CONGO PUB Online












