La tension entre la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et la majorité présidentielle continue de monter autour du débat sur une éventuelle révision de la Constitution. Réagissant aux accusations formulées par l’Union Sacrée de la Nation (USN), le secrétaire général de la CENCO, Donatien Nshole, a livré une réponse ferme, estimant que les véritables préoccupations du pays se trouvent ailleurs.
« Le pays va très mal. Le pays est en danger », a déclaré Mgr Donatien Nshole.
Rejet des accusations de « subversion »
Le responsable de la CENCO a catégoriquement rejeté les accusations de l’Union Sacrée qui avait qualifié la récente déclaration des évêques catholiques d’« acte de subversion ».
Selon lui, plusieurs personnalités de la majorité présidentielle auraient elles-mêmes exprimé leur désapprobation face au communiqué publié par la coalition au pouvoir.
« Certains membres de la majorité ont eux-mêmes estimé que ce communiqué était d’une grande bassesse », a-t-il affirmé.
Mgr Nshole a également dénoncé ce qu’il considère comme une « malhonnêteté intellectuelle » dans l’argumentaire développé par les auteurs de cette déclaration.
Une position unanime des évêques
Face aux tentatives de présenter l’Église catholique comme divisée sur la question constitutionnelle, le secrétaire général de la CENCO a insisté sur le caractère consensuel de la position adoptée par les évêques.
Selon lui, la déclaration rejetant l’opportunité d’une révision constitutionnelle a été approuvée de manière unanime lors de l’assemblée des évêques.
Cette position réaffirme la ligne défendue par la CENCO, qui estime qu’il n’existe actuellement ni urgence, ni nécessité, ni opportunité de modifier la Constitution de la République démocratique du Congo.
Le débat constitutionnel détourne l’attention des urgences nationales
Pour Mgr Nshole, la focalisation sur la question constitutionnelle risque de détourner l’attention des véritables défis auxquels le pays est confronté.
Il cite notamment :
- La persistance de l’insécurité dans l’Est du pays ;
- Les menaces liées à l’épidémie d’Ebola ;
- Les défis humanitaires ;
- La préservation de l’unité nationale ;
- Les efforts de paix et de réconciliation.
« Les Congolais devraient aujourd’hui se mobiliser davantage pour la paix, la réunification du pays et la réponse aux crises qui affectent la population », a-t-il soutenu.
Des interrogations sur les relations avec Kigali
Le secrétaire général de la CENCO est également revenu sur les discussions en cours autour de la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC.
Sans apporter d’éléments précis, il s’est interrogé publiquement sur l’existence éventuelle d’arrangements politiques ou diplomatiques entre Kinshasa et Kigali.
« Y a-t-il un deal entre Kinshasa et Kigali ? », s’est-il demandé.
Une interrogation qui risque d’alimenter davantage le débat politique dans un contexte marqué par les négociations régionales et internationales visant à mettre fin au conflit dans l’Est du pays.
Les inquiétudes sur un éventuel référendum
Concernant l’hypothèse d’un référendum constitutionnel, Mgr Donatien Nshole estime que son organisation dans le contexte actuel pourrait comporter des risques majeurs pour la cohésion nationale.
Selon lui, alors qu’une partie du territoire reste affectée par les conflits armés et que plusieurs populations vivent sous la menace de groupes armés, une telle consultation pourrait fragiliser davantage l’unité du pays.
Pour la CENCO, la priorité devrait être accordée au rétablissement de la paix, à la sécurisation de l’ensemble du territoire national et à la consolidation de l’État avant toute réforme constitutionnelle majeure.
Cette nouvelle prise de position confirme la fermeté de l’épiscopat catholique face au projet de révision constitutionnelle et annonce la poursuite d’un bras de fer politique entre l’Église catholique et une partie de la majorité présidentielle autour de l’avenir institutionnel de la RDC.
Par Pascal Kabeya
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