Quarante ans d’assurance, dont une vingtaine passés au sein de groupes internationaux en Côte d’Ivoire, puis douze années à la tête d’une compagnie qu’elle a fondée elle-même avant de la fusionner avec un acteur de référence du marché béninois.
Le parcours d’Evelyne Fassinou, présidente du conseil d’administration de SUNU Assurances Vie Bénin, se confond avec plusieurs des grandes étapes de la structuration du secteur sur le continent. Invitée du plateau de Financial Afrik à Cotonou (Bénin) dans le cadre des États généraux de l’Assurance pour tous, elle livre, sans détour, le sujet qui l’occupe désormais — et qu’elle a fait sien : faire de l’assurance des femmes le levier d’un doublement du taux de pénétration de l’assurance en Afrique d’ici 2040, porté par le Pacte panafricain de l’assurance inclusive adopté le 8 juillet 2026 par la Fédération des sociétés d’assurances de droit national africaines (FANAF).
Quarante ans de métier, entre Abidjan, Paris et Cotonou
Le récit commence par un chiffre rond, acquiescé comme on accepte un aveu mi-prudent mi-fier : « Je suis assureur de métier depuis un certain nombre d’années — je ne dirai pas le nombre. » Quatre décennies qui se racontent en trois actes. Après des études de droit et d’assurance en France, la jeune diplômée choisit la Côte d’Ivoire : « J’ai commencé à travailler en Côte d’Ivoire où j’ai travaillé dans les groupes internationaux pendant une vingtaine d’années », dit-elle.
Au bout de ces deux décennies, le pas se fait plus entrepreneurial et plus personnel. La dirigeante décide de rentrer « dans une autre grande aventure », celle de créer sa propre compagnie d’assurance vie au Bénin. « J’ai dirigé cette société pendant 12 ans et c’est un projet qui a été vraiment structurant pour moi, qui a permis effectivement de voir que l’assurance peut se rapprocher de gens qui ne connaissaient pas l’assurance. » Mais pour permettre à la compagnie d’aller « encore plus loin », elle engage la fusion avec SUNU Assurances Vie, un acteur déjà présent sur le marché béninois, dont elle préside à ce jour le conseil d’administration.
En parallèle, six ans passés au bureau exécutif de la FANAF ouvrent un autre champ de vision : « Pendant 6 ans, la fonction de membre du bureau exécutif de la FANAF […] m’a permis de regarder d’un peu plus haut les problèmes de l’assurance africaine. »
Le déclic : ce que le terrain lui a montré sur la place des femmes
C’est dans le prolongement de cette expérience continentale que germe le sujet qui, depuis, ne la lâche plus. « Je me suis employée […] à surtout me pencher sur la problématique de l’assurance africaine et des femmes, qui est devenue une passion pour moi. »
Les missions de terrain, dit-elle, ont fait le reste. Quand on parle d’assurance vie, observe-t-elle, les familles qui en bénéficient témoignent aussi de ce qui manque. « Les femmes sont mises à l’écart. En tout cas, les assureurs ne vont pas vraiment vers les femmes avec des produits adaptés. »
D’où le combat qu’elle a choisi de mener, et qu’elle formule ainsi : « J’ai voulu […] montrer que les femmes ont leur réalité et qu’il faut les écouter, connaître leur réalité pour vraiment aller vers elles et leur donner la bonne solution d’assurance. »
Pour Evelyne Fassinou, le sujet n’a rien de philanthropique. C’est même, dit-elle, une condition de croissance sectorielle : « Si nous, assureurs, nous n’allons pas plus vers la clientèle féminine qui représente quand même 50 % de la population africaine, nous aurons du mal à développer l’assurance en Afrique. Donc ce n’est pas du social qu’on veut faire, c’est quelque chose de stratégique. »
Le Pacte panafricain, et la pression de la parole donnée
Ainsi, précise-t-elle, les travaux de Cotonou ne resteront pas lettre morte : « On sait que ces travaux vont déboucher sur un pacte panafricain de l’assurance inclusive. L’objectif premier de ce pacte, le président de la FANAF l’a dit à l’ouverture, c’est de consigner un engagement. »
Car le secteur a déjà vu passer, par le passé, de bonnes intentions sans suites : « On a eu des états généraux dans le passé où on a eu beaucoup de bons vœux, on a décidé de faire plein de choses, et on se rend compte que cinq années plus tard, rien n’a été fait. »
Cette fois, l’engagement chiffré existe, et il est net : « Le doublement du taux de la pénétration de l’assurance en Afrique d’ici 2040. Quand on sait que la moyenne dans nos pays c’est maximum 1 %, ça veut dire qu’au moins […] que tous les pays africains soient au moins à 2 % de taux de pénétration d’ici 2040. » Et de marteler la condition : « Effectivement, pour qu’on y aille, il ne faut laisser personne de côté. »
Nephthali Messanh Ledy








