Face à l’expansion continue du groupe rebelle M23 dans l’Est de la République Démocratique du Congo, le gouvernement congolais a adopté un double discours, ferme et préparé. Le vice-Premier ministre en charge du Budget, Adolphe Muzito, a déclaré ce mercredi sur France 24 que la RDC se préparait à une « éventuelle guerre » avec le Rwanda, tout en poursuivant les voies diplomatiques.
« Si le Rwanda veut la guerre, il l’aura », a-t-il averti, décrivant une situation « explosive » malgré l’accord de paix signé sous l’égide de l’ancien président américain Donald Trump à Washington le 4 décembre dernier. Un accord dont les effets sur le terrain sont, selon lui, inexistants.
Le M23, une menace d’une ampleur inédite depuis les années 90
Muzito a souligné la gravité de la situation sécuritaire, affirmant que le M23, soutenu par Kigali selon Kinshasa, contrôle désormais « la plus vaste étendue de territoire jamais occupée par un groupe rebelle en RDC depuis les années 1990 ». Cette occupation massive justifie, selon lui, les préparatifs militaires du pays.
5 milliards de dollars pour renforcer la défense sur 5 ans
Le vice-Premier ministre a dévoilé une mesure budgétaire significative : cinq milliards de dollars ont été inscrits dans le budget national récemment adopté, destinés à être mobilisés sur une période de cinq ans pour le renforcement des capacités de défense.
« Le président Tshisekedi a fait le choix de la diplomatie, mais nous ne sommes pas naïfs », a-t-il insisté, assurant que le pays se préparait à « tous les scénarios ».
Négociations avec Washington : pas de « braderie » des ressources minières
Parallèlement à la tension sécuritaire, Muzito est revenu sur les négociations en cours avec les États-Unis concernant un accord stratégique incluant un volet économique et minier majeur. Alors que la RDC est le premier producteur mondial de cobalt et détient environ 60% des réserves de coltan, des minerais cruciaux pour les technologies, il a promis que cet accord serait équilibré.
« Les Américains ne peuvent pas décider seuls de ce qu’ils veulent. C’est nous, ensemble, qui allons décider », a-t-il martelé, rejetant toute idée de pillage. Il a assuré que le texte serait rendu public une fois finalisé et qu’il s’agirait d’un partenariat « gagnant-gagnant ».
Cet entretien marque une escalade rhétorique significative de la part d’un haut responsable congolais. Il traduit l’exaspération de Kinshasa face à l’agression perçue et une volonté affichée de prendre en main son destin sécuritaire et économique, tout en laissant une porte ouverte à la diplomatie.
Par Pascal Kabeya
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