Les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et les groupes d’autodéfense Wazalendo sont entrés samedi dans la ville d’Uvira, au Sud-Kivu, après l’annonce du retrait des rebelles du M23. Ils ont été accueillis par des scènes de liesse populaire, les habitants célébrant dans les rues ce qu’ils perçoivent comme un « retour de la liberté et de la paix ».
Cependant, cette euphorie est rapidement tempérée par des mises en garde sévères des autorités et la persistance d’actes de pillage. Le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi, a alerté la population sur un scénario de déstabilisation préparé par les rebelles avant leur départ.
Une stratégie de chaos dénoncée
Selon les renseignements relayés par le gouverneur, le M23 aurait laissé derrière lui des militaires en civil, armés et infiltrés dans la ville, avec pour mission d’organiser le chaos, des pillages et d’intimider les minorités, notamment les populations banyamulenge qui ont refusé de partir avec la rébellion. « Dans ces conditions, le chaos est tout à fait prévisible », a averti M. Purusi.
Des pillages de biens publics et privés ont effectivement été signalés dans plusieurs quartiers, attribués par des sources locales à des complices du M23. Leur objectif serait de semer le désordre pour ternir l’image de la reprise en main par l’État et justifier un éventuel retour.
Une menace permanente aux abords de la ville
Le gouverneur a également révélé que les rebelles ne s’étaient pas éloignés. Ils se seraient repliés sur les hauteurs avoisinantes, notamment à Kagongo, Katongo, Makobola 1 et 2, positionnés pour braquer leurs armes sur Uvira et pouvoir la réoccuper à tout moment.
Cette analyse est partagée par l’analyste indépendant Muhanya Gaël, pour qui le retrait du M23 est avant tout stratégique. « Il était stratégiquement difficile de gouverner. Tous les tuyaux pour faire vivre les éléments dans la zone sont fermés », a-t-il expliqué, évoquant des problèmes logistiques majeurs, la pression militaire des FARDC et des Wazalendo, ainsi qu’une pression internationale croissante.
Une alerte pour la cohésion communautaire et un appel à la vigilance internationale
Face à ces risques d’infiltrations et de provocations, les responsables communautaires appellent à la retenue et à la cohésion, exhortant la population à ne pas céder aux manœuvres visant à fissurer l’unité entre les communautés.
Parallèlement, la Banyamulenge Mutuality–Ubumwe (BM-U), une organisation de la diaspora basée aux États-Unis, a saisi le président américain Donald Trump dans une lettre datée du 17 janvier. Elle y dénonce une opération de « déportation » forcée des Banyamulenge d’Uvira vers le Rwanda, orchestrée selon elle par Kigali sous prétexte de les protéger des Wazalendo et de l’armée burundaise. L’organisation y voit les prémices d’un « génocide organisé » et demande des mesures urgentes de protection.
Un espoir fragile
Si l’entrée des FARDC est perçue comme une victoire symbolique cruciale, marquant le retour de l’autorité de l’État, la situation reste extrêmement volatile. Les habitants, entre soulagement et profonde prudence, espèrent que cette reprise de contrôle se traduira durablement par la sécurité, la protection des civils et le rétablissement effectif des services publics. La communauté internationale est appelée à rester vigilante face aux risques de détérioration rapide de la situation humanitaire et sécuritaire.
Par Marc Kabido, correspondant à Uvira
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