Après la reprise de la ville d’Uvira par l’armée congolaise et les miliciens Wazalendo, le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi, a lancé un ferme appel à la cohésion sociale, mettant en garde contre les risques de division communautaire exploités par les acteurs du conflit.
Un appel à l’unité face aux manipulations
Dans une déclaration solennelle, le gouverneur a exhorté les populations à ne pas tomber dans le piège des divisions. « Depuis des générations, toutes les communautés du Sud-Kivu ont vécu ensemble en harmonie », a-t-il rappelé, soulignant que les tensions actuelles sont souvent attisées par des manipulations politiques. Il a martelé le caractère républicain et protecteur de l’État : « Personne ne doit être attaqué pour son origine ».
S’adressant aux familles déplacées, M. Purusi a promis que leur retour et leur sécurité seraient assurés. Il a réaffirmé que l’avenir de la province passait par le dialogue : « Notre objectif est de continuer à vivre ensemble et de trouver des solutions durables par la concertation. »
Une victoire fragile sur le terrain
Cet appel intervient dans un contexte sécuritaire encore très instable. Les Forces armées de la RDC (FARDC) ont officiellement confirmé avoir pris le contrôle d’Uvira dimanche 18 janvier, après le retrait de la coalition rebelle M23/RDF. Cependant, elles déplorent le pillage systématique de la ville avant le départ des rebelles. Une vingtaine de civils suspectés de pillage ont été interpellés.
La menace rebelle reste tangible. Selon le député d’Uvira, Justin Bitakwira, les combattants du M23 se seraient redéployés non loin de là, dans l’agglomération de Kabunambo, à seulement 2 km de la cité de Sange. Par ailleurs, des groupes d’hommes armés, présumés être des Wazalendo, ont été signalés dans la cité de Kiliba, à 15 km au nord d’Uvira, alimentant les craintes d’exactions et de tensions intercommunautaires.
Une étape jugée « nécessaire mais insuffisante »
La coalition de la société civile Pamoja Kwa Amani (PKA) a salué le retrait du M23 d’Uvira comme une « étape nécessaire », mais l’a jugée « insuffisante face à une occupation persistante » dans d’autres parties de la province. Cette analyse reflète un sentiment répandu : si la reprise d’Uvira est un succès symbolique et stratégique, elle ne signifie pas la fin de la menace pour la sécurité des civils ou la souveraineté de l’État.
Le gouverneur Purusi a conclu par un appel régional, invitant les peuples congolais, rwandais et burundais à « mettre fin à cette tragédie » et à œuvrer ensemble pour la paix. Un vœu qui contraste avec la réalité militaire sur le terrain, où les positions se recomposent et où le risque d’une reprise des hostilités ou de violences communautaires reste élevé. La consolidation de cette victoire locale dépendra de la capacité des autorités à garantir la sécurité, à faire régner la justice et à prévenir toute vengeance.
Par Marc Kabido, correspondant à Uvira
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