Le développement du projet Manono, principale découverte de lithium en RDC, est ralenti depuis 2022 en raison d’un différend sur la propriété. AVZ, l’un des protagonistes, a obtenu en janvier 2025 le soutien financier de CATH pour défendre ses intérêts, sans toutefois d’évolution positive à ce jour.
AVZ Minerals a annoncé le jeudi 15 janvier la réception de la totalité des fonds promis l’année dernière par son partenaire Suzhou CATH Energy Technologies. Il s’agit d’une facilité de 20 millions de dollars que l’entreprise chinoise a accepté de mettre à disposition de son partenaire australien, qui revendique les droits d’exploitation du projet de lithium Manono en République démocratique du Congo. En débloquant les fonds, CATH confirme son appui à AVZ, en dépit de l’incertitude accrue quant à l’avenir de ce projet stratégique.
L’accord signé en janvier 2025 avec AVZ accorde à CATH plusieurs avantages en cas de succès des revendications de la compagnie australienne sur le projet Manono. La compagnie chinoise aurait par exemple le droit d’acquérir 100 % de la production de lithium pendant cinq ans, ou jusqu’au remboursement des dépenses d’AVZ qu’elle aura facilitées. CATH dispose par ailleurs du droit d’acheter une participation indirecte de 30,5 % dans le projet.

Convoitises de tous horizons
Manono est le plus grand gisement de lithium découvert à ce jour en RDC. AVZ Minerals y a mené des travaux d’exploration sur plusieurs années, dans le cadre d’une coentreprise avec la société publique congolaise Cominière. Cette dernière a ensuite mis fin au partenariat, avant de s’associer en 2023 avec le chinois Zijin Mining pour développer le même projet. AVZ a intenté plusieurs actions devant des tribunaux internationaux pour contester ces évolutions autour de la propriété du projet, sans qu’aucune décision définitive n’ait encore été prise.
Dans ce contexte incertain, un autre acteur est entré en scène il y a quelques mois : KoBold Metals. À la faveur du rapprochement entre Kinshasa et Washington autour de nouveaux investissements américains dans le secteur minier congolais, cette start-up californienne a manifesté son intérêt pour le projet Manono. En mai 2025, KoBold et AVZ ont ainsi annoncé un accord-cadre pour permettre le développement du projet. La compagnie australienne recevrait une compensation contre l’abandon de ses prétentions sur le gisement. Les discussions ouvertes pour finaliser cet accord n’ont néanmoins pas encore abouti, et AVZ, qui a un temps suspendu ses contestations judiciaires, a depuis repris la procédure.
Pour autant, l’intérêt de KoBold pour le lithium congolais n’a pas faibli, puisque la société a signé dans la foulée un autre accord-cadre, cette fois avec le gouvernement congolais, concernant le développement du projet Manono. Si Kinshasa et la société américaine n’ont pas détaillé la stratégie pour mettre en valeur le gisement, AVZ a immédiatement réagi en assurant qu’elle continuerait à défendre ses intérêts, sans rejeter le dialogue.
Flou persistant
Ces différents développements durant l’année écoulée n’ont guère apporté d’éclaircie quant à l’avenir du projet Manono ou l’identité des compagnies qui seront en mesure d’exploiter le gisement. Zijin avait annoncé le début de la production en 2026, mais a fourni peu de mises à jour depuis sur l’évolution des travaux de construction d’une mine. De son côté, AVZ s’est récemment retrouvée dans le viseur de la justice australienne pour des faits relatifs à au projet. La Commission australienne des valeurs mobilières et des investissements (ASIC), le gendarme de la bourse, a ainsi annoncé en novembre 2025 l’ouverture d’une procédure judiciaire contre la compagnie, accusée d’avoir omis d’informer correctement ses investisseurs sur les problèmes rencontrés en RDC.
Le gouvernement congolais communique également peu sur les options disponibles pour faire de Manono la première mine de lithium du pays. En décembre 2025, les autorités ont signé un accord avec Washington afin de mettre à disposition des investisseurs aux États-Unis une liste de projets miniers susceptibles d’être développés avec des capitaux américains. Le ministre des Mines, Louis Watum, a déclaré que cette liste serait transmise aux USA cette semaine, sans préciser si le projet Manono y serait intégré. L’hypothèse semble peu probable, car l’accord signé avec Washington précise qu’aucun projet ne doit être ajouté à la liste si cela va à l’encontre d’obligations juridiques internationales.
Les mois à venir pourraient s’avérer décisifs pour la résolution des problèmes qui empêchent la mise en valeur de Manono. La communication d’AVZ laisse notamment entrevoir une solution n’impliquant pas nécessairement son retour sur le projet, puisqu’elle affirme rechercher actuellement « une solution commerciale pour les actionnaires ».
Emiliano Tossou






