Le ministre Paluku dénonce une « stratégie économique » rwandaise basée sur la destruction du capital humain et le pillage des ressources

par admin9775

Lors d’une journée nationale de mémoire pour les victimes de l’Est, le ministre du Commerce Extérieur, Julien Paluku Kahongya, a livré une analyse percutante des motivations économiques qu’il attribue à l’agression rwandaise en RDC. Devant un parterre d’autorités dont la Première ministre Judith Suminwa, l’ancien gouverneur du Nord-Kivu a développé la thèse d’une guerre visant à anéantir le capital humain congolais pour mieux piller les minerais.

Une stratégie en deux temps : détruire pour mieux régner

L’intervention du ministre, intitulée « Conséquences économiques de la guerre et de l’occupation », a pointé un double objectif stratégique attribué à Kigali :

  1. La destruction du capital humain : Julien Paluku a souligné que les 7 millions de personnes déplacées – une population équivalente à celle du Congo-Brazzaville, du Lesotho et du Botswana réunis – représentent une annihilation délibérée d’un « facteur de production ». Selon lui, affaiblir la capacité productive locale crée un marché captif pour les biens rwandais. « Le Rwanda compte environ 10 millions d’habitants et son marché le plus sûr est la RDC. Il s’agit donc de détruire la capacité productive locale afin de trouver plus facilement des débouchés », a-t-il expliqué.
  2. Le pillage systématique des ressources : Le ministre a présenté des chiffres saisissants pour étayer sa thèse. Il a affirmé que les revenus miniers du Rwanda sont passés de 70 millions de dollars en 2007 à près de 2 milliards de dollars en 2025, une explosion qu’il impute directement au pillage des ressources congolaises. « Les véritables « FDLR » poursuivis par Kigali en RDC sont en réalité les minerais et autres ressources naturelles congolaises », a-t-il lancé.

L’or du Sud-Kivu, nouvel enjeu de la conquête

Paluku a relié l’extension récente des combats vers le Sud-Kivu à la mise en place par Kinshasa de la société Congo Gold Trading. Cette joint-venture avec un partenaire émirati aurait fait passer la production d’or déclarée de quelques kilos par an à 800 kilos par mois, soit près de 10 tonnes annuelles, représentant une valeur d’environ 2 milliards de dollars. « Le Rwanda a donc rapidement compris qu’il fallait attaquer le Sud-Kivu pour poursuivre ce deuxième FDLR, qui s’appelle l’or », a-t-il asséné.

Pour le ministre, cette réalité est si écrasante que Kigali aurait cessé de publier les statistiques de sa Banque centrale depuis mai 2025 pour éviter les questions. « On ne peut pas passer de 70 millions à 2 milliards de dollars comme si les ressources s’étaient multipliées dans le sol », a-t-il ironisé.

Contexte : Une journée de mémoire pour maintenir la pression

Cette analyse a été livrée lors d’une commémoration officielle, un an après la chute de Goma aux mains du M23. Axée sur le thème « Résistance, Résilience et Unité », cette journée visait à ancrer le conflit dans la mémoire nationale et à maintenir l’attention diplomatique. La présence de la Première ministre Judith Suminwa et de membres du gouvernement soulignait la volonté de l’exécutif de porter ce récit sur la scène internationale.

Analyse : Un discours offensif pour une bataille narrative

La déclaration de Julien Paluku va au-delà du constat. Elle constitue une arme rhétorique et diplomatique agressive, visant à :

  • Déplacer le récit du cadre strictement sécuritaire vers une dénonciation économique systématique.
  • Légitimer la résistance en présentant la guerre comme une lutte pour la survie économique et démographique de la nation.
  • Appeler à des sanctions économiques ciblées contre le Rwanda en documentant, selon les termes de Kinshasa, un pillage à grande échelle.

Ce discours place l’argument des « minerais du sang » au centre de la controverse, défiant la communauté internationale de fermer les yeux sur ce qui est décrit comme une prédation économique déguisée en conflit ethnique ou sécuritaire.

Conclusion : De la mémoire à l’action

Si la journée n’a pas débouché sur des annonces politiques immédiates, le discours de Julien Paluku en a été le pivot stratégique. Il révèle la volonté de Kinshasa de judiciariser et d’économiser le conflit à l’international, en accumulant des chiffres-chocs pour nourrir des rapports d’experts et des résolutions onusiennes. La question demeure de savoir si cette bataille narrative, aussi percutante soit-elle, parviendra à se traduire en mesures concrètes de pression sur Kigali et en une sécurisation effective des zones minières, ou si elle restera un chapitre de plus dans la longue litanie des dénonciations congolaises.

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