Élections en Israël : le faucon Bennett et le centriste Lapid, « Ensemble » pour détrôner Netanyahu

par admin9775

L’annonce de la fusion des partis de deux anciens Premiers ministres, Naftali Bennett et Yair Lapid n’a pas bouleversé les sondages d’opinion en Israël en vue des prochaines législatives qui doivent avoir lieu en octobre. En dépit de leur engagement à maintenir une politique sécuritaire et nationaliste très ferme, les deux leaders de l’opposition peinent à séduire les électeurs traditionnels de Benjamin Netanyahu.

Après l’annonce de la fusion de leurs partis respectifs au sein d’une nouvelle formation nommée « Behayad » (“Ensemble” en hébreu), Naftali Bennett et Yaïr Lapid se donnaient l’accolade, dimanche 26 avril, devant les caméras de télévision.

Avec cette annonce, les deux hommes lançaient la campagne électorale en vue des prochaines élections parlementaires qui doivent se tenir avant le 30 octobre 2026. Ils renouvelaient aussi leur alliance conclue pour les élections législatives de mars 2021 qui leur avait permis de détrôner brièvement Benjamin Netanyahu, qui occupait le poste de Premier ministre depuis 2009.

Le 13 juin 2021, Naftali Bennett avait pris les rênes de l’État hébreu à la tête d’une coalition hétéroclite de huit partis, dont un parti arabe israélien, le Ra’am (Liste arabe unie). Yaïr Lapid lui a succédé le 1er juillet 2022 avant que de nouvelles élections anticipées ne remettent Benjamin Netanyahu sur son trône, en décembre 2022. 

L’impact incertain d’une fusion

Selon des sondages, publiés peu après l’annonce des deux leaders d’opposition, la nouvelle formation « Beyahad » rassemblerait entre 25 et 28 députés sur 120. A peu près autant que le Likud de Netanyahu. Dans un sondage publié peu avant, Yesh Atid, la formation Yaïr Lapid était créditée de 21 sièges et celle de Bennett de 7 sièges.

Pour Dahlia Scheindlin, consultante politique américano-israélienne “cette alliance ne modifie pas sensiblement le paysage politique. De nombreux sondages publiés depuis l’annonce de cette fusion montrent qu’il n’y a pratiquement aucun changement dans le rapport de force entre l’opposition et la coalition au pouvoir. Je ne constate pas de changement majeur, du moins pas pour l’instant”, explique-t-elle.

Pour cette experte qui analyse élections et sondages en Israël depuis 25 ans, la fusion de partis pendant les campagnes électorales n’a que peu d’influence sur le vote. Le peu d’enthousiasme que suscite cette annonce s’explique sans doute aussi par la répétition d’une alliance opportuniste entre un nationaliste venu de la droite (Bennett) et un centriste libéral (Lapid), dans le seul but de renverser Netanyahu.

Denis Charbit, professeur de sciences-politiques à l’université ouverte d’Israël ajoute cependant qu’“il y a eu quand même un effet psychologique indéniable. Pour une fois l’agenda politique a été fixé par l’opposition et non pas par Netanyahu. On a tellement été habitué à ce que Netanyahu renaisse de ses cendres tel un phénix, qu’il était important de créer la surprise”.

Une opposition apeurée et frileuse ?

Pour tenter de convaincre à nouveau les Israéliens de voter pour l’alternance, les deux leaders de l’opposition ont martelé quelques principes destinés à rallier les voix des électeurs traditionnels de Netanyahu : “Nous défendrons le territoire de notre pays et ne céderons pas un pouce de terrain à l’ennemi”, ou encore “La création d’un État palestinien n’est pas à l’ordre du jour”.

Mais c’est une autre formule qui a retenu l’attention. “Nous refuserons de former un gouvernement avec des partis arabes non sionistes”, ont-il affirmé alors qu’il y a seulement cinq ans, Yaïr Lapid et Naftali Bennett avaient fait entrer au gouvernement israélien Mansour Abbas, le leader de la Liste arabe unie, une formation islamo-conservatrice forte de 4 députés, pour obtenir la majorité à la Knesset.

Pour Denis Charbit, “c’est sûr qu’on ne peut pas leur décerner la médaille du courage politique. Le courage politique aurait été de dire ‘nous avons travaillé avec un parti arabe, le parti Ra’am, et si le gouvernement n’a pas tenu 18 mois, ce n’est pas à cause de lui’. Mais il est vrai que le 7 octobre est passé par là.”

Le soutien des partis arabes israéliens indispensable à l’opposition

Yaïr Golan, le leader du Parti Démocrate, l’héritier du parti de Yitzhak Rabin, Shimon Peres et David Ben Gourion a critiqué cette prise de position qui exclurait d’une coalition d’opposition des partis que ne seraient pas “sionistes”. 

“Mansour Abbas est un partenaire légitime pour la formation d’un gouvernement”, a-t-il répondu sur X au ministre des finances suprémaciste Bezalel Smotrich pour qui “inclure un parti arabe dans un gouvernement est pire que le 7-Octobre”.

Pour Shanna Orlik, conseillère politique du parti Les Démocrates, “’il est évident pour nous, d’un point de vue idéologique autant que pratique, que le partenariat avec le parti de Mansour Abbas est une nécessité pour créer une stabilité, une alternative réelle et donner de l’espoir aux citoyens arabes.” 

“Personnellement, je suis choqué de voir que des partis qui ont été dans une coalition avec Mansour Abbas et avec qui ça s’est très bien passé, pour le bien être des citoyens israéliens, fassent marche arrière dans une démarche populiste” poursuit-elle.

Le Premier ministre israélien Naftali Bennett, au centre, s'entretient avec le député Mansour Abbas à la Knesset. A gauche, assis, Yaïr Lapid. A Jérusalem, le jeudi 30 juin 2022
Le Premier ministre israélien Naftali Bennett, au centre, s’entretient avec le député Mansour Abbas à la Knesset. A gauche, assis, Yaïr Lapid. A Jérusalem, le jeudi 30 juin 2022. AP – Ariel Schalit

“Il est à peu près certain que la coalition d’opposition à Netanyahou ne réunira pas 61 députés sans les députés arabes” ajoute Denis Charbit. “Et donc ça veut dire qu’ils auront besoin de se dédire de leur promesse”. 

Plus grinçante, Dahlia Scheindlin estime que “si un Israélien pense qu’un homme politique israélien tient ses promesses faites avant les élections… alors vous connaissez le dicton : ‘Trompe moi une fois, honte à toi, mais trompe moi une deuxième fois, honte à moi’“

Tout sauf Bibi, mais à quel prix ?

Après trois ans de guerre quasi ininterrompue, Yaïr Lapid et Naftali Bennett ont lancé une campagne électorale qui est avant tout un référendum pour ou contre Netanyahu et ses ministres d’extrême droite qui veulent refonder l’Etat d’Israël sur un modèle illibéral et suprémaciste juif.

Le ministre de l'intérieur israélien Itamar Ben-Gvir, leader du parti kahaniste Force juive, porte un noeud coulant en pins, signifiant son soutien à la peine de mort pour les "terroristes palestinien
Le ministre de l’intérieur israélien Itamar Ben-Gvir, leader du parti kahaniste Force juive, porte un noeud coulant en pins, signifiant son soutien à la peine de mort pour les « terroristes palestiniens ». Le 15 avril 2026 à Jérusalem. ZUMA Press Wire via Reuters Conn – Matteo Placucci

Pour mettre sur pied une coalition qui soit en mesure de gouverner dans quelques mois, les deux hommes n’ont visiblement pas peur du mariage des contraires et des contradictions. 

En effet, Yaïr Lapid est le dernier Premier ministre israélien à s’être déclaré en faveur d’une solution à deux états à la tribune des Nations unies tandis que Naftali Bennett est un artisan de la colonisation de la Cisjordanie occupée. Le premier est fermement laïc, alors que le second ne répond pas au téléphone le samedi, shabbat oblige.

Si, aux yeux des différents courants de l’opposition en Israël, tout vaut mieux que “Bibi”, la viabilité de leur union pose question. Sur le fond, estime Dahlia Scheindlin doute qu' »à long terme, une politique d’expansionnisme nationaliste à grande échelle et de conquête territoriale puisse coexister avec les valeurs libérales”.

France 24

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