Un an après son arrivée à la tête de la Banque centrale du Congo (BCC), André Wameso Nkualoloki défend le bilan de son action en matière de stabilité monétaire et rejette les accusations selon lesquelles l’institut d’émission participerait directement au financement du déficit budgétaire de l’État.
Lors d’un échange avec la presse, le 13 août dernier à Kinshasa, le gouverneur de la BCC s’est notamment exprimé sur la situation des finances publiques, l’évolution du secteur financier, le déficit budgétaire ainsi que sur l’utilisation des ressources mobilisées par la République démocratique du Congo sur les marchés internationaux.
Nommé gouverneur de la BCC en juillet 2025 et entré en fonction au début du mois d’août de la même année, André Wameso a notamment insisté sur la distinction entre la politique monétaire conduite par la Banque centrale et la politique budgétaire relevant du gouvernement.
Le déficit budgétaire expliqué principalement par les dépenses sécuritaires
Interrogé sur le déficit budgétaire observé au début du mois d’août, le gouverneur de la BCC a attribué une part importante de cette situation à l’augmentation des dépenses liées à la sécurité, dans un contexte marqué par la guerre dans l’Est du pays.
Tout en précisant qu’il ne souhaitait pas se substituer au gouvernement dans la conduite de la politique budgétaire, André Wameso estime que les dépenses sécuritaires constituent aujourd’hui une charge majeure pour les finances publiques.
« À la décharge de notre gouvernement, si vous regardez très bien, si vous analysez très bien ce déficit budgétaire, il est expliqué essentiellement par les dépenses sécuritaires », a-t-il déclaré.
Selon lui, en l’absence de la crise sécuritaire, les recettes publiques auraient pu permettre au gouvernement de présenter une situation budgétaire beaucoup plus favorable.
Le gouverneur considère également que ces dépenses constituent des dépenses de souveraineté, nécessaires à la défense du territoire national.
La BCC nie tout financement monétaire du déficit

André Wameso a par ailleurs rejeté l’idée selon laquelle la Banque centrale serait sollicitée pour combler le déficit de l’État.
Selon lui, le Trésor recourt plutôt aux instruments du marché intérieur, notamment aux bons et obligations du Trésor.
« Ce déficit est comblé par les moyens propres du gouvernement, au travers des émissions d’obligations et de bons du Trésor. Il n’y a pas de financement monétaire qui arrive de la Banque centrale », a-t-il affirmé.
Le gouverneur a également estimé qu’il était trop tôt pour tirer des conclusions définitives à partir de la situation budgétaire observée sur une seule semaine.
Il rappelle qu’une analyse pertinente doit prendre en compte l’évolution des recettes et des dépenses sur une période plus longue.
Des investissements maintenus malgré la guerre
Malgré le poids des dépenses sécuritaires, André Wameso estime que le gouvernement poursuit plusieurs investissements à travers le pays.
Il cite notamment Kisangani, Bunia, Bandundu-Ville, Kananga, Muanda et Kalemie, où des travaux routiers, aéroportuaires et universitaires sont, selon lui, en cours.
Pour le gouverneur, ces réalisations démontrent que l’État continue à investir malgré les contraintes imposées par le contexte sécuritaire.
Cette situation pose toutefois un défi majeur : maintenir les investissements nécessaires au développement tout en mobilisant les ressources indispensables à la défense du territoire.
L’Eurobond de 1,25 milliard de dollars au cœur du débat
L’entretien a également porté sur la première émission obligataire internationale réalisée par la RDC.
Le 9 avril 2026, le pays avait levé 1,25 milliard de dollars sur les marchés internationaux, à travers deux tranches : 600 millions de dollars à 8,75 % et 650 millions de dollars à 9,50 %.
Les ressources doivent notamment contribuer au financement de projets d’infrastructures et d’énergie.
Interrogé sur les critiques relatives au coût de portage d’une partie des fonds, notamment les 600 millions de dollars qui ne seraient pas immédiatement utilisés, André Wameso a rappelé que l’utilisation de ces ressources relève principalement du gouvernement et du ministère des Finances.
Il a toutefois défendu le principe du recours à l’endettement lorsqu’il permet de financer des investissements susceptibles de générer des richesses.
« L’endettement n’a jamais été mauvais pour un pays, quand cet endettement sert à défendre son pays ou sert à investir pour les générations futures », a-t-il expliqué.
« Notre pays est l’un des pays les moins endettés au monde »
Le gouverneur de la BCC a également défendu la situation de la dette congolaise, affirmant que la RDC demeure relativement peu endettée par rapport à de nombreux autres pays.
Pour lui, le niveau de la dette ne doit cependant pas être analysé isolément. L’élément déterminant réside dans la capacité des investissements financés par cette dette à générer suffisamment de richesses pour assurer son remboursement.
Les deux tranches de l’Eurobond ont respectivement des échéances de cinq et dix ans. André Wameso estime donc qu’il serait inapproprié d’évaluer leur pertinence uniquement sur la base de leur niveau d’utilisation quelques mois après leur émission.
« Il faut regarder si ces investissements-là vont être utilisés pour produire plus de richesses dans notre économie. C’est comme ça qu’il faudra évaluer », a-t-il souligné.
Katende comme exemple de rendement attendu
Le gouverneur a notamment évoqué le barrage de Katende, cité par le ministre des Finances parmi les projets devant bénéficier des ressources mobilisées.
Selon lui, les retombées économiques d’une infrastructure de cette ampleur ne peuvent pas être mesurées immédiatement.
« Les effets que produira ce barrage dans le développement de la partie centre de notre pays ne vont pas se faire ressentir du jour au lendemain », a-t-il expliqué.
Pour André Wameso, la véritable question consiste donc à déterminer si l’État dispose de marges budgétaires suffisantes pour assurer le service de la dette.
Sur ce point, il se veut rassurant : « La réponse est oui », a-t-il affirmé.
Le FMI appelle à une utilisation rigoureuse des ressources
Le débat sur l’Eurobond dépasse toutefois la seule question de la capacité de remboursement de la RDC.
À l’issue de sa mission en RDC du 23 avril au 6 mai 2026, dans le cadre du troisième examen du programme de la Facilité élargie de crédit (FEC) et du deuxième examen de la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD), le Fonds monétaire international avait insisté sur la nécessité d’assurer une utilisation efficace et transparente des ressources publiques.
L’institution avait notamment appelé à renforcer la gestion des investissements publics, à limiter le recours aux procédures de dépenses d’urgence, à poursuivre le déploiement du compte unique du Trésor et à améliorer le contrôle des fonds spéciaux et des entités publiques.
Le véritable enjeu : transformer la dette en croissance
Au-delà de la polémique sur le rythme d’utilisation des 1,25 milliard de dollars, le débat posé par l’Eurobond est donc celui de sa rentabilité économique.
Pour la RDC, l’enjeu sera de démontrer que les ressources empruntées permettent effectivement de financer des infrastructures et des secteurs productifs capables d’accroître les recettes, de stimuler l’activité économique et de créer des emplois.
La position défendue par André Wameso repose ainsi sur une double équation, préserver la stabilité monétaire tout en permettant à l’État de financer ses priorités dans un contexte de guerre.
Le défi sera désormais de transformer ces ressources empruntées en investissements productifs suffisamment rentables pour que leur coût financier soit soutenable sur les cinq et dix prochaines années.
Par Pascal Kabeya
CONGO PUB Online












