Après avoir fortement baissé entre 2023 et 2025, les prix du lithium ont rebondi à partir du second semestre de l’an dernier. Alors que l’Afrique accélère sa montée en puissance dans la production mondiale, l’embellie observée sur les cours pourrait être de courte durée.
BMI, filiale de Fitch Solutions spécialisée dans l’évaluation des marchés des matières premières, s’attend à un recul des cours du lithium au second semestre 2026. Cette prévision intervient alors que Benchmark Mineral Intelligence anticipe également un retournement du marché à partir de 2027, après une année 2026 encore légèrement déficitaire, dans un contexte marqué par l’accélération de la production africaine.
Prévisions des prix du carbonate de lithium, CIF Asie
Pour les producteurs africains, dont la contribution à l’offre mondiale progresse rapidement, cette perspective pourrait limiter les recettes attendues des nouvelles capacités.
Une offre qui accélère plus vite que la demande
Les prix du lithium sont régulièrement soumis à des fluctuations importantes. La remontée observée depuis 2025 reste ainsi très éloignée des sommets atteints lors du précédent cycle haussier. Fin 2022, le carbonate de lithium de qualité batterie en Chine avait dépassé 80 000 dollars, un record historique. Les cours se sont ensuite effondrés à partir de 2023 avant d’amorcer une reprise l’an dernier.
Après un rallye qui a porté le carbonate de lithium chinois au-dessus de 200 000 yuans (29 400 dollars) la tonne à la mi-mai 2026, les cours ont reculé. Au 10 août, Benchmark Mineral Intelligence évaluait le carbonate CIF Asie à 18 160 dollars la tonne, contre 19 250 dollars fin juillet, tandis que le spodumène a reculé de 2 069 à 2 000 dollars la tonne.
Prix du Lithium au 10 août
Le rapport entre offre et demande explique en partie cette baisse. Fitch prévoit une progression de 13,2 % de la production mondiale de lithium en 2026, alors que la demande n’augmenterait que de 5,8 %, contre 18,5 % en 2025. Benchmark s’attend de son côté à ce que le marché passe d’un déficit d’environ 3 % cette année à un léger excédent dès 2027.
L’Afrique participe elle-même à cette augmentation de l’offre. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), sa production minière de lithium a progressé de 44 % en 2025 et représente désormais 14 % de l’offre mondiale. Aux mines en production au Mali et au Zimbabwe s’est ajouté cette année le projet Manono, où Zijin a commencé à exporter du lithium depuis la RDC. Le projet ghanéen Ewoyaa doit encore rejoindre cette vague.
Le cas du Zimbabwe illustre toutefois l’importance des prix dans l’évolution des recettes minières. Au premier trimestre 2026, ses exportations de lithium ont augmenté d’environ 7 % (224 610 à 240 826 tonnes en un an), mais leur valeur a plus que doublé, passant de 84,2 à 178,6 millions de dollars.
Des marges de manœuvre étroites
Contrairement à d’autres matières premières comme le cobalt ou la bauxite, les États africains disposent d’une capacité limitée à influencer directement les prix mondiaux du lithium. La RDC a pu contribuer à une remontée du cours du cobalt grâce aux restrictions sur ses exportations parce qu’elle fournit plus de 70 % de la production mondiale. Cette position lui confère un pouvoir d’influence important sur l’équilibre mondial du marché, et donc sur les prix, que ni le Zimbabwe ni l’ensemble des producteurs africains ne possèdent aujourd’hui sur le marché du lithium.
Le levier se situe davantage dans la part de valeur conservée avant l’exportation. Le Zimbabwe veut interdire les exportations de concentré à partir de janvier 2027 et a déjà commencé à expédier les premiers volumes de sulfate de lithium. Cette stratégie intervient justement au moment où Benchmark anticipe le retour du marché mondial à l’excédent. Pour le Mali, la RDC, le Ghana et les autres futurs producteurs, l’évolution des prochains mois pose la question des revenus effectivement obtenus par des États qui ont pu construire des hypothèses sur des prix qui n’existent plus.
Emiliano Tossou





