L’arrestation du colonel Israël Nsanga wa Nsanga, commandant de l’unité « Harmonie et Morale », soulève une question qui dépasse désormais son seul dossier judiciaire. Le Code de la route s’applique-t-il réellement à tous en République démocratique du Congo, y compris aux personnalités occupant les plus hautes fonctions de l’État ?
Détenu depuis le 2 janvier 2026 à la prison centrale de Makala, à la suite d’une plainte déposée par une haute personnalité de la République, l’officier reste placé sous mandat d’arrêt provisoire et attend l’évolution de son dossier devant le tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Gombe.
Selon les éléments rapportés autour de cette affaire, le colonel Nsanga aurait été confronté à un usager de la route occupant de hautes fonctions, dans un contexte marqué par le respect des règles de circulation et des dispositions encadrant notamment les cortèges officiels.
Cette affaire relance dès lors une interrogation fondamentale sur l’application du Code de la route. Si un officier chargé de faire respecter la discipline routière se retrouve privé de liberté après s’être opposé à une violation présumée des règles de circulation, quelle doit être la responsabilité des autorités concernées ?
La question prend une importance particulière alors que le chef de l’État a déjà donné des orientations concernant les cortèges officiels et la nécessité de mettre fin aux comportements qui perturbent la circulation ou mettent en danger les autres usagers.
Un cortège officiel peut-il justifier le non-respect des règles de circulation ? Les fonctions occupées par une personnalité peuvent-elles lui permettre de s’affranchir des mêmes règles auxquelles sont soumis les autres citoyens ?
Le spectre des « intouchables »
La présence d’un officier supérieur en détention dans ces circonstances ravive également un vieux débat dans l’opinion congolaise, celui de l’existence présumée de personnalités considérées comme intouchables en raison de leur position ou de leur influence.
Au-delà du cas du colonel Israël Nsanga, c’est donc la question de l’autorité de la loi qui se trouve posée. Si les règles doivent être respectées par tous, elles devraient s’appliquer de la même manière au simple citoyen comme au responsable public, au civil comme au militaire.
Le respect du Code de la route ne devrait ainsi dépendre ni du rang, ni du titre, ni de la puissance d’un cortège. Il devrait constituer une obligation commune, précisément parce que la loi est censée être au-dessus de tous.
L’affaire Nsanga pourrait dès lors devenir un révélateur d’un problème plus profond. Il ne s’agit plus seulement de savoir pourquoi cet officier a été arrêté, mais aussi de déterminer si ceux qui sont chargés de faire respecter les décisions de l’État disposent réellement de l’autorité nécessaire pour agir lorsque des personnalités puissantes sont concernées.
Au fond, une question demeure. Que devient l’autorité de l’État lorsque ceux qui doivent montrer l’exemple sont soupçonnés de se placer au-dessus des règles qu’ils imposent aux autres ?
Par Pascal Kabeya
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