Le président congolais Félix Tshisekedi et son homologue ougandais Yoweri Museveni ont présidé, lundi au State House de Kampala, la signature de six mémorandums d’entente conclus à l’issue de la neuvième session de la Commission permanente mixte RDC–Ouganda. Les accords portent notamment sur le commerce, les infrastructures, la sécurité et ouvrent également un nouveau chapitre de coopération autour du pétrole.
Cette visite de travail de 48 heures intervient dans un contexte régional marqué par les tensions persistantes entre Kinshasa et Kigali autour de la rébellion de l’AFC/M23, accusée d’être soutenue par le Rwanda.
Six accords et une coopération élargie

Avant la rencontre présidentielle, les travaux préparatoires avaient réuni à Kampala quatorze ministres congolais ainsi que plusieurs hauts responsables de l’administration publique. La ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, avait insisté sur la portée concrète des discussions.
« Il ne s’agissait pas d’une occasion pour signer davantage d’accords, mais de faire une réelle différence dans la vie de nos populations respectives », a-t-elle déclaré.
Les deux parties ont ainsi validé plusieurs accords destinés à renforcer la coopération bilatérale dans des secteurs stratégiques, notamment les transports, le commerce, les infrastructures et la sécurité régionale.
Le pétrole au cœur des discussions

L’un des faits marquants de cette rencontre a été l’ouverture d’un dossier énergétique autour d’un gisement pétrolier transfrontalier partagé entre la RDC et l’Ouganda.
Yoweri Museveni a révélé que Félix Tshisekedi avait proposé une coopération autour des infrastructures pétrolières déjà développées côté ougandais.
« Son Excellence a apporté une très bonne idée. Il existe un gisement qui se trouve à la fois au Congo et en Ouganda, le même gisement, mais avec la frontière qui passe au milieu. Il a proposé, et j’ai accepté, que puisque du côté ougandais nous avons déjà développé l’oléoduc et que nous travaillons sur la raffinerie, le Congo puisse participer à ce projet », a déclaré le président ougandais.
Cette perspective pourrait renforcer l’intégration énergétique entre les deux pays et ouvrir de nouvelles opportunités économiques dans la région des Grands Lacs.
La sécurité régionale reste prioritaire

Les questions sécuritaires ont également occupé une place centrale dans les échanges. Yoweri Museveni a évoqué la situation dans le Nord-Kivu et l’Ituri, où les armées congolaise et ougandaise poursuivent les opérations conjointes contre les groupes armés.
« La première question concerne la sécurité à nos frontières, dans le Nord-Kivu et l’Ituri. Nos responsables militaires savent ce qu’ils doivent faire », a affirmé le président ougandais.
Félix Tshisekedi a, de son côté, salué la coopération militaire entre les deux pays, notamment dans le cadre de l’opération conjointe Shujaa menée contre les rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF).
« Nous accordons une importance particulière à la sécurité et à la stabilité dans toute la région des Grands Lacs, et plus particulièrement dans cette zone où nos forces de défense et de sécurité travaillent conjointement », a déclaré le chef de l’État congolais.
L’opération Shujaa toujours au centre des préoccupations

Lancée en novembre 2021, l’opération Shujaa vise à neutraliser les groupes armés affiliés à l’État islamique et les ADF actifs dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.
Malgré cette coopération militaire, les attaques meurtrières contre les civils se poursuivent dans plusieurs territoires, notamment à Beni et Mambasa, alimentant les critiques sur l’efficacité des opérations conjointes.
En juin 2025, les FARDC et l’armée ougandaise avaient signé un mémorandum d’entente révisé élargissant le champ des opérations militaires conjointes à plusieurs territoires de l’Ituri, dont Djugu, Irumu, Mahagi et Aru.
Selon le porte-parole des FARDC, le général-major Sylvain Ekenge, ce nouveau cadre prévoit également le maintien d’une équipe conjointe de renseignement ainsi que la sécurisation de la route Kasindi–Beni–Butembo.
Une stratégie diplomatique régionale
Alors que les relations entre Kinshasa et Kigali restent fortement dégradées, la RDC semble privilégier le renforcement de ses alliances régionales avec Kampala et Bujumbura.
Même si certains rapports internationaux ont parfois évoqué le rôle de l’Ouganda dans les dynamiques sécuritaires de l’Est congolais, Kinshasa continue de miser sur le dialogue diplomatique avec Kampala afin d’éviter l’ouverture d’un nouveau front régional.
À travers ces accords, la RDC et l’Ouganda affichent ainsi leur volonté de consolider un partenariat davantage orienté vers les intérêts économiques, sécuritaires et stratégiques communs.
Par Marius Bopenga
CONGO PUB Online








