À Kinshasa, le débat autour du dialogue national annoncé par Félix Tshisekedi prend une nouvelle dimension. En saluant l’initiative présidentielle, la Société civile congolaise apporte un soutien de principe au processus, tout en fixant des limites qui pourraient alimenter les prochaines batailles politiques : pas de réintégration des groupes armés, respect de la souveraineté nationale et débat démocratique sur l’avenir institutionnel du pays.
La Société civile de la République démocratique du Congo se positionne désormais clairement dans le débat autour du dialogue national annoncé par le président Félix-Antoine Tshisekedi.
Dans un point de presse tenu le 29 août 2026 à Kinshasa, son coordonnateur général, Christopher Ngoy Mutamba, a salué les précisions apportées par le chef de l’État dans son adresse à la nation du 27 août, qualifiant l’initiative de « mûrement réfléchie ».
Mais derrière ce soutien, la Société civile formule surtout une série de conditions qui dessinent sa conception du futur processus.
Un soutien au dialogue, mais pas à n’importe quel prix
Pour la Société civile, l’annonce présidentielle répond désormais à plusieurs interrogations qui entouraient jusque-là le projet de dialogue, notamment sur son organisation, son lieu et la participation des différentes composantes de la nation.
L’organisation considère comme positive la volonté d’associer la classe politique, la société civile et les confessions religieuses.
Cette ouverture est perçue comme une occasion de reconstruire les passerelles entre les différentes composantes de la société congolaise, dans un contexte marqué par la guerre dans l’Est, les tensions politiques et une profonde crise de confiance entre les institutions et une partie de l’opinion.
Mais la Société civile refuse que le terme « inclusif » serve de justification à une participation sans limites.
Les groupes armés : la ligne rouge
Sur ce point, le message de Christopher Ngoy Mutamba est sans ambiguïté.
La Société civile rejette toute perspective de « brassage » ou de « mixage » permettant aux groupes armés de transformer leur rapport de force militaire en avantage politique.
Pour l’organisation, ceux qui ont pris les armes contre l’État et ceux qui sont accusés de crimes contre les populations ne peuvent être automatiquement récompensés par une place dans les institutions au nom de la recherche de la paix.
Le principe défendu est donc celui d’un dialogue entre Congolais, mais pas d’une négociation politique qui consacrerait la victoire de la force sur le droit.
Cette position pourrait devenir l’un des principaux sujets de confrontation politique autour du processus, notamment dans un contexte où la question de la participation des acteurs liés aux conflits armés demeure particulièrement sensible.
Paix, souveraineté et autorité de l’État
La Société civile veut également que le dialogue dépasse les simples arrangements entre responsables politiques.
Elle attend des assises qu’elles s’attaquent aux causes profondes de la crise congolaise et qu’elles contribuent à restaurer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national.
La paix, la souveraineté nationale et la fin des ingérences extérieures figurent ainsi parmi les principales attentes exprimées.
Autrement dit, pour cette organisation, le dialogue ne devrait pas être un mécanisme de partage de pouvoir, mais un instrument de refondation de la relation entre l’État, les institutions et les citoyens.
La durée du dialogue sous surveillance
La Société civile se félicite également de la volonté présidentielle de limiter la durée du processus.
Cette limitation est importante politiquement : elle doit empêcher que le dialogue ne devienne une nouvelle conférence interminable sans résultats concrets.
L’organisation appelle donc les futurs participants à aller à l’essentiel et à privilégier des décisions susceptibles de produire des effets réels sur la crise sécuritaire, la gouvernance et la cohésion nationale.
Le véritable test sera désormais de savoir si les différentes forces politiques accepteront de transformer leurs revendications en compromis.
La Constitution, prochain terrain de confrontation ?
L’autre dossier potentiellement explosif reste celui de la Constitution.
Sur cette question, la Société civile maintient sa position exprimée le 26 juin dernier : toute modification de la Loi fondamentale doit respecter les procédures prévues par la Constitution et placer le peuple au centre du processus.
L’organisation refuse ainsi que la question constitutionnelle soit traitée comme une simple décision politique prise au sommet de l’État.
Elle réclame au contraire un débat démocratique permettant aux Congolais d’examiner le contenu d’une éventuelle modification, mais également les raisons qui la justifieraient.
La commission ad hoc annoncée par Félix Tshisekedi pourrait, selon elle, contribuer à structurer ce débat et à fournir les éléments nécessaires avant toute décision.
Un soutien qui ne constitue pas un blanc-seing
La position de la Société civile traduit donc un soutien au principe du dialogue, mais certainement pas un chèque en blanc au pouvoir.
Elle valide l’idée d’une concertation nationale tout en rappelant que celle-ci devra rester encadrée par des principes : souveraineté, responsabilité, respect de la Constitution, justice et recherche de résultats concrets.
Cette position intervient alors que l’opposition, notamment la coalition C64, rejette déjà les consultations annoncées par le président et accuse le pouvoir de chercher à contrôler le processus.
Le dialogue apparaît ainsi comme un nouveau terrain de confrontation entre deux visions : d’un côté, le pouvoir veut organiser un processus qu’il présente comme une voie vers la paix et la cohésion nationale ; de l’autre, une partie de l’opposition exige un cadre véritablement consensuel, avec des garanties sur les règles du jeu et la participation.
Dans cet environnement, la Société civile tente de se positionner comme une force d’équilibre : favorable au dialogue, mais hostile à toute compromission avec les groupes armés et attachée au respect du cadre constitutionnel.
Reste désormais la question essentielle : le dialogue annoncé sera-t-il réellement un espace de compromis entre les Congolais, ou deviendra-t-il un nouvel épisode de la bataille politique autour du pouvoir et de l’avenir institutionnel de la RDC ?
Par Pascal Kabeya
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