Polémique autour des bateaux de pêche : « Ni surfacturation, ni mauvaise qualité technique » L’ancien ministre de la Pêche et de l’Élevage, Adrien Bokele Djema, apporte des clarifications sur la polémique entourant les bateaux de pêche acquis par la RDC.
Mis en cause dans la polémique sur la non-opérationnalisation des bateaux de pêche acquis par l’État, l’ancien ministre de la Pêche et de l’Élevage Adrien Bokele Djema sort de son silence. Dans un entretien accordé à Opinion-Info.cd, il conteste les explications avancées par son successeur, Jean-Pierre Tshimanga Buana, et demande que les éléments techniques et financiers du dossier soient rendus publics.
Au cœur de la controverse, deux questions demeurent notamment sans réponse précise : les navires sont-ils réellement inadaptés aux conditions de pêche sur la façade maritime congolaise et combien l’État a-t-il effectivement déboursé pour leur acquisition ?
Les « courants marins » au centre de la controverse
Jean-Pierre Tshimanga Buana avait expliqué la non-exploitation des huit bateaux stationnés à Boma par plusieurs contraintes, notamment leur adaptation aux conditions maritimes congolaises, la présence d’importants courants marins et l’absence d’équipements nécessaires à la pêche en eaux profondes.
Une explication que rejette Adrien Bokele.
L’ancien ministre affirme que les caractéristiques de la façade maritime congolaise étaient connues lors de la préparation du projet et qu’elles avaient été intégrées dans les spécifications techniques soumises aux procédures de contrôle des marchés publics.
« Si les courants marins constituaient une contrainte connue, comment auraient-ils pu être ignorés lors de la commande ? », s’interroge en substance l’ancien ministre.
Pour lui, si les navires livrés présentent effectivement des insuffisances techniques, celles-ci doivent pouvoir être établies par les documents du marché et les expertises correspondantes.
7,8 millions ou 15 millions de dollars ?

L’autre point de désaccord concerne le coût de l’opération.
Le chiffre de 15 millions de dollars est régulièrement évoqué pour l’acquisition des bateaux. Adrien Bokele conteste toutefois ce montant et avance, documents à l’appui selon lui, une dépense de 7.877.250 dollars.
L’écart entre les deux montants reste à expliquer.
Les 15 millions de dollars correspondent-ils à l’ensemble d’un programme, à plusieurs contrats, à une enveloppe prévisionnelle ou aux sommes effectivement décaissées ? À ce stade, seule une confrontation des pièces contractuelles et financières permettrait de déterminer précisément l’origine de cette différence.
Les contrats, spécifications techniques, ordres de paiement, éventuels avenants et procès-verbaux de réception constituent ainsi les principaux documents susceptibles d’établir le montant réellement engagé par l’État.
Le ministère de la Pêche a par ailleurs précisé que Jean-Pierre Tshimanga n’avait pas accusé son prédécesseur d’avoir fait perdre 15 millions de dollars à l’État.
Une flotte ne se limite pas aux navires

Au-delà de la question de l’adaptation des bateaux, les deux lectures divergent également sur les conditions nécessaires à leur exploitation.
Le ministre en exercice met notamment en avant l’absence de chaîne du froid, de débarcadères, de chambres froides et de formation suffisante des équipages.
Adrien Bokele, lui, rappelle qu’un projet de pêche industrielle ne peut être réduit à l’acquisition des navires. Il implique également des infrastructures portuaires, des équipements de conservation, une organisation logistique et des équipages formés.
La question du type de bateaux commandés reste dès lors centrale. Si les documents de préparation du projet prévoyaient des navires destinés à la pêche maritime, il reste à déterminer pourquoi leur utilisation est aujourd’hui présentée comme problématique.
Des documents attendus pour départager les versions

La polémique dépasse désormais le simple constat de bateaux immobilisés à Boma. Elle pose la question de la traçabilité d’un investissement public destiné à développer la production halieutique nationale.
Pour sortir du débat des déclarations contradictoires, plusieurs pièces devront être examinées : cahier des charges, contrats, spécifications techniques, rapports de contrôle, factures, ordres de paiement, procès-verbaux de réception et éventuels avenants.
Trois questions restent ainsi au centre du dossier : combien l’État a-t-il réellement payé ? Quels navires ont exactement été commandés et livrés ? Et pour quelles raisons ces bateaux n’ont-ils toujours pas été mis en exploitation ?
La publication de ces éléments permettrait de confronter les versions des deux ministres sur la base de faits vérifiables plutôt que de déclarations contradictoires.
Par Pascal Kabeya
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