La Banque Centrale du Congo a livré, le 20 février devant le Conseil des ministres, un diagnostic nuancé de la situation économique du pays. Si les indicateurs macroéconomiques s’améliorent nettement par rapport à 2025, l’institution monétaire pointe un défi persistant : la fragilité de la demande en monnaie nationale.
André Wameso a recommandé au gouvernement d’imposer le paiement de tous les impôts, taxes et redevances exclusivement en francs congolais. Une mesure technique en apparence, mais à portée stratégique : elle créerait une demande captive et régulière de monnaie nationale, contribuant à stabiliser son cours et à réduire la dollarisation rampante de l’économie.
Une telle réforme suppose une administration fiscale efficace, capable de collecter et de gérer ces flux. Elle implique aussi que les opérateurs économiques, habitués aux transactions en dollars, acceptent cette contrainte. La BCC semble consciente des résistances possibles, mais mise sur l’effet d’ancrage psychologique d’une telle mesure.
Le Comité de politique monétaire les énumère : tensions géopolitiques mondiales, barrières tarifaires, et surtout situation sécuritaire dans l’Est du pays. Autant de variables qui échappent à la BCC mais pèsent sur la crédibilité de l’économie congolaise.
L’idée est simple : si l’État n’accepte que sa propre monnaie pour les prélèvements obligatoires, les contribuables sont mécaniquement incités à se procurer des francs. Cela crée une demande régulière, soutient le cours, et réduit à terme la dollarisation des transactions. Une forme de « patriotisme fiscal monétaire » imposé par la règle.
Pour que le mécanisme fonctionne, il faut que l’administration soit capable de collecter efficacement et que les contribuables aient accès à des francs en quantité suffisante. La BCC devra donc veiller à la liquidité du système bancaire et à la fluidité du marché des changes. Sans quoi, la mesure pourrait créer des tensions sur la monnaie au lieu de l’apaiser.
Un test de crédibilité.
Cette réforme, si elle est adoptée, sera un test grandeur nature de la capacité de l’État congolais à imposer sa souveraineté monétaire. Dans un pays où le dollar circule largement, où l’informalité domine, et où la confiance dans les institutions reste fragile, le pari est risqué. Mais il est cohérent avec la stratégie globale de la BCC : stabiliser, puis consolider, puis développer.
Par Marius Bopenga
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